Communication politique : le meilleur de l’été 2010
Marée noire et communication de crise, benchmarking international de communication politique, évolutions politiques, sociétales et de communication entraînées par Internet, les mots de la réforme et le coup de cœur de l’été sont au sommaire de cette veille de communication politique pour la période de mai à août 2010 : 22 liens essentiels !
1) BP et la marée noire aux larges des côtes américaines : la communication de la compagnie pétrolière est-elle vraiment un modèle en termes de gestion de crise, comme l’affirmait Rue 89 dans cet article (« La com de BP face à la marée noire, un modèle du genre ») publié quelques jours après l’explosion de la plate-forme dans le Golfe du Mexique ? Dans le même ordre d’idée, voir également cet article du Monde (accessible uniquement aux abonnés) : « BP dépollue aussi son image »… Cela mérite sérieusement d’être relativisé ! Des millions de barils ont continué à se déverser dans la mer et à souiller les plages de la Louisiane, Barack Obama a décrété la mobilisation générale, la valorisation boursière de BP a diminué d’un bon tiers… et les communicants de BP sont apparus tout autant à la peine que les ingénieurs de la société qui essayaient d’obstruer la fuite, explique Olivier Cimelière sur le Blog du communicant 2.0 : « Marée noire : la communication de BP engluée ». Sur cet excellent blog (j’y reviendrai plus loin dans cette note), voir aussi : « Marée noire BP : ce que les communicants devraient retenir », une analyse des enseignements applicables à d’autres secteurs et à d’autres circonstances. Au passage, l’article de Rue 89 donne tout de même l’occasion à Thierry Libaert de rappeler 4 grandes règles de la communication de crise : responsabilité, empathie, transparence, analyse.
2) « Vous voulez faire campagne ? David Plouffe vous donne un cours » : via Ilovepolitics.info, blog sur l’actualité politique américaine vue de France, retrouvez une vidéo de 47 minutes (en anglais évidemment) dans laquelle David Plouffe, ex-directeur de la campagne présidentielle de Barack Obama et manager du réseau social politique Organizing for America, donne aux militants démocrates des conseils stratégiques en vue des élections de mi-mandat de novembre prochain.
Quelques autres liens intéressants pour compléter ce « benchmarking » international en matière de communication politique et électorale :
- « Que retenir de la net-campagne britannique », suite aux élections législatives du printemps dernier, sur le Forum de l’e-démocratie ;
- Regards sur le numérique propose une analyse en deux parties du Rapport mondial 2010 sur l’e-Parlement ;
- le « concours », vu comme l’une des « Nouvelles formes de mobilisation et d’innovation politiques » par Laurence Allard et Olivier Blondeau sur Netpolitique (et, rappelons-le, d’une manière générale, tous les articles et liens proposés par ce site !).
3) Un « fourre-tout » consacré aux médias, aux évolutions politiques, sociétales et de communication entraînées par Internet :
- Délits d’opinion s’interroge : « Le web politique est-il de gauche ? » (« Deux études récentes semblent le confirmer : les sympathisants de gauche et d’extrême-gauche sont davantage actifs sur Internet que ceux du centre et de la droite. ») ;
- « Comment favoriser l’engagement citoyen » via les nouvelles technologies, à lire sur internetActu ;
- « Avenir des médias en ligne : l’impossible équation ? », sur Novovision ;
- pour les abonnés au Monde, un article de Thierry Vedel : « Internet creuse la fracture civique » (« Selon une enquête du Cevipof, le Web donne plus de ressources et d'espaces d'expression aux citoyens qui sont déjà très intégrés dans le système politique ») ;
- une analyse du professeur Jean-Luc Michel, suite aux élections régionales, sur « Les réseaux sociaux et la communication politique : entre identification et distanciation » (lien PDF direct) ;
- « Pour une (r)évolution de la communication politique » sur le blog d’Arnaud Dassier : « Les campagnes électorales traduisent le décalage culturel qui se creuse entre la classe politique et les Français. Dans un environnement bouleversé par la révolution digitale, ils devront s’adapter ou céder la place à une nouvelle génération » (une approche séduisante, enthousiaste et, somme toute, assez radicale, qui mérite pourtant, à mon sens, d’être largement nuancée, ne serait-ce qu’au vu du poids que conservent, par exemple, les journaux télévisés, encore et toujours de très loin la principale source d’information politique des Français – voir le point de vue de Freddy Roy sur le site de la Fondation pour l’innovation politique : « Il ne suffit pas d’affirmer les choses ») ;
- « La CNIL va s’intéresser à la communication politique », info relayée par le Forum de l’e-démocratie ;
- dans cet article du Monde, le sociologue des médias, Denis Muzet, revient sur « les principales transformations de notre société, dans son rapport au politique et aux médias », à l’exemple de l’accélération du temps médiatique et de l’effacement du temps long combinés à un élargissement de l’horizon spatial : une analyse de fond, intéressante et pertinente, il ne faut donc pas s’arrêter à son titre (« La méthode Sarkozy dans l’impasse ») qui est réducteur et présente un rapport assez indirect avec le contenu réel du papier.
4) Qui dit communication dit sémiotique ou sémantique… Deux études réalisées par Médiascopie et intéressantes à rapprocher :
- « Les mots de la réforme », à lire sur Terra Nova, le jugement des Français sur 150 mots associés à cette idée…
- … et « Les mots de la modernisation de l’État » auprès d’un panel de hauts fonctionnaires, sur Acteurs publics.
5) Enfin, un coup de cœur ! Si vous ne le connaissez pas déjà, je vous recommande très chaudement Le blog du communiquant 2.0, animé depuis quelques mois par Olivier Cimelière, vice président communication d’Ericsson France : TOUT, absolument TOUT, est intéressant sur ce blog ! De la pertinence (ce qui n’empêche pas quelquefois l’humour ou l’impertinence, bien au contraire), de l’analyse, de la profondeur… Je vous conseille en particulier la lecture de la série d’articles consacrés au thème « Risque et Progrès » qui en est à son 9e épisode (sur 12). Un site à inscrire absolument dans vos favoris !
Vous l’aurez remarqué : cette revue de web était consacrée au « meilleur » de l’été 2010 en matière de communication politique… Cela signifie que je laisse le « pire » à d’autres ! Comprenne qui voudra… Je vous donne rendez-vous courant septembre pour une nouvelle saison au cours de laquelle je (me/vous) promets plus de régularité, plus de réactivité, plus d’analyse…
Sondages, vie privée et « seigneurs de la com’ »
Au sommaire de cette veille de communication politique pour mars-avril : les « seigneurs » de la communication, le nouveau site Élysée.fr, les mots de la communication, Internet et vie privée, François Bazin et Jacques Pilhan, ainsi que plusieurs sondages intéressants, tous téléchargeables, sur des sujets structurants…
1) Sur le site de la Fondation pour l’innovation politique, un long article d’Olivier Blondeau et Laurence Allard sur le phénomène des contenus générés par les utilisateurs (ou user generated content, UGC) qui constituent à la fois des pratiques militantes mais peuvent aussi s’apparenter à des pratiques de diffusion d’une parole politique : « UGC 4 Politics ! De " l’empowerment " au " campaigning " ».
2) Sur le site du Monde (également repris dans Le Mensuel d’avril, actuellement en kiosque), une intéressante enquête de Raphaëlle Bacqué sur « Les seigneurs de la com’ » politique et économique (ils conseillent à eux trois la quasi-totalité du CAC 40), Stéphane Fouks (Euro RSCG), Michel Calzaroni (DGM Conseil) et Anne Méaux (Image 7)… Si ce sujet vous intéresse, voir aussi cet article du Nouvel Observateur (il date de 2003 et est principalement axé sur Anne Méaux, la partie sur Michel Calzaroni ne paraît pas accessible) : « Les faiseurs de rois ».
3) Pour en finir avec les élections régionales 2010, l’observatoire de la Netcampagne de l’Ifop (les résultats sont téléchargeables en PDF). A mettre en rapport avec le « baromètre des usages sociaux et politiques du web » (lien direct vers le PDF) de TNS Sofres pour Temps réels (section Internet du PS).
4) Sur le thème de la vie privée et de ses évolutions à l’ère du numérique et des réseaux sociaux, déjà abordé sur ce blog au cours des derniers mois, un nouvel article de Jean-Marc Manach sur InternetActu, « Vers une vie privée en réseau », et un dossier de Regards sur le numérique, « Vie privée : la première crise de conscience du net ? ». Je me limiterai ici à ce commentaire : cela peut aussi éclairer, d’un point de vue réflexion et recul, une récente affaire de « cornecul », pour reprendre l’expression d’Arnaud Montebourg…
5) La nouvelle version du site Élysée.fr… Difficile de trouver des articles qui aillent au-delà de la simple comparaison superficielle avec le site de la Maison blanche ou au-delà du simple « Sarko-bashing », qui est devenu par principe un réflexe pour certains ! Raison de plus pour vous conseiller l’analyse équilibrée de Fabrice Epelboin sur ReadWriteWeb, « Élysée.fr : la partie immergée de l’iceberg ».
6) Sur Stratégie.fr, « Le Français et les mots de la communication », une enquête de Médiascopie sur le vocabulaire de la communication qui montre que les mots les plus valorisés dans la communication idéale sont aussi jugés avoir peu d'avenir. Avec un intéressant mapping de ces mots à télécharger en complément en PDF.
7) La défiance et la désillusion des Français vis-à-vis des politiques… Un sujet que j’ai également déjà abordé sur ce blog et qui tend à prendre des proportions vraiment préoccupantes… Voir le sondage Obéa-Infraforces pour France Info et 20 minutes (téléchargeable en PDF en fin d’article) : « 3 Français sur 4 ne font pas confiance au personnel politique ». A compléter par cet autre sondage réalisé par TNS Sofres, « La République est en danger », qui montre que les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité sont en net recul (également téléchargeable en PDF via le service Scribd en fin d’article).
8) A noter que le sondage évoqué ci-dessus a été réalisé à l’occasion de la 19e journée du livre politique, qui se tenait samedi dernier, le 10 avril, et que l’article du Nouvel Observateur est signé par… François Bazin qui a justement reçu le prix du livre politique pour son ouvrage « Le Sorcier de l’Élysée », consacré à Jacques Pilhan, le conseiller en communication de François Mitterrand puis de Jacques Chirac ! À lire ! Pour vous en donner envie, si c’est encore nécessaire, voir les bonnes feuilles publiées par l’Express et une interview de l’auteur par Délits d’opinion.
Les régionales, Internet, la démocratie…
Au menu de cette veille de février et mars 2010 : la crise et l’opinion publique, le financement politique aux États-Unis, la communication des régionales, les médias sociaux, la tyrannie de la transparence, Internet contre la démocratie… Plus de 20 liens !
1) « La crise renforce les exigences et le pouvoir des opinions publiques » : dans ce point de vue publié par Le Monde, Pierre Giacometti et Alain Péron indiquent que la crise accentue une tendance amorcée depuis déjà plusieurs décennies, qui renforce l'influence des opinions sur la conduite des pouvoirs et de ses protagonistes. Ces opinions se caractérisent en outre désormais par leur caractère mosaïque, volatile, fragmenté et rebelle : la diversité de ces opinions nécessite de mettre en œuvre, selon les auteurs, une stratégie d’« intelligence d’opinions » et de concilier spécificité et cohérence, avec une parole qui ne peut plus être seulement verticale mais doit proposer des choix, des échanges, et susciter des actions.
2) « Financement politique US, la nouvelle donne » : dans cet article de Causeur.fr, Gil Mihaely revient sur une décision de la Cour suprême qui bouleverse les règles du financement de la politique américaine puisque les personnes morales, les entreprises pourront désormais se prévaloir de la liberté d’expression au même titre que les personnes physiques et exprimer leurs opinions politiques comme de simples citoyens ! Et pourquoi ne pas leur donner le droit de vote tant qu’on y est, franchement ! On n’imagine que trop bien comment les lobbies sauront se saisir de cette opportunité lors des prochaines campagnes électorales et les conséquences que cela aura du point de vue démocratique, d’autant que la Cour suprême ne fait pas le distinguo entre les médias et les autres corporations…
3) Régionales et réseaux sociaux : sur Pargatruk.fr, le blog d’Hervé Pargue, consultant en « stratégie digitale » pour les collectivités publiques et territoriales, de nombreux billets consacrés à l’étude de la stratégie web des candidats PS et UMP aux régionales. Voir en particulier ces « 12 conseils aux politiques présents sur Facebook » et ce billet récapitulatif. De son côté, Regards sur le numérique se penche sur cette campagne web dans un premier volet (on attend la suite !) consacré à la refonte récente, et plus orientée « contenus », des sites de l’UMP et du PS : « Internet et les régionales (1) : la révolution des contenus est-elle en marche ? » Le blog de la rédaction du Monde consacré aux régionales s’interroge quant à lui : « Les réseaux sociaux politiques sont-ils vraiment utiles ? », l’usage de Twitter se partageant par ailleurs « entre platitudes et invectives ». Pour élargir le champ de l’analyse, vous pouvez aussi vous reporter à cette enquête, réalisée en 2009 mais récemment publiée sur son blog, du journaliste indépendant Bruno Fay (« Politique 2.0 : la guerre du web ») et à ce phénomène bien connu (Internet permet facilement aux mouvements petits ou extrêmes d’avoir une visibilité et d’occuper le terrain) : « Les "cyberactivistes" d'extrême droite ont fait d'Internet leur nouveau terrain de jeu ». Enfin, toujours sur le site du Monde, puisque cette campagne des régionales 2010 ne s’est malheureusement pas caractérisée par sa bonne tenue (doux euphémisme pour dire qu’elle a plusieurs fois carrément versé dans le caniveau !), cet article historique et « méthodologique » : « Manuel de l’insulte à l’usage des politiques ». Au point où nous en sommes, mieux vaut effectivement le voir avec recul, humour et ironie…
4) Pour prendre de la hauteur (nous en avons bien besoin après ces régionales - c’est bon, je n’insiste pas davantage…), « Les réseaux sociaux, médias de demain » : le blog médias du Figaro revient sur cette étude du Pew Internet Research Center qui indique que 75% des consommateurs US d'information en ligne reçoivent aujourd’hui leur information par mail ou par des posts sur les réseaux sociaux. L’étude souligne également le rôle des contenus personnalisables et l’importance de la discussion (à 72 %) relative à l’actualité sur les réseaux sociaux : un constat à rapprocher de cet article du New York Times, repris cette semaine par Courrier International, selon lequel les audiences d’un certain nombre d’événements, la finale du Super Bowl par exemple, n’ont jamais été aussi élevées, notamment grâce au partage et à l’échange, la « communion », en direct sur Twitter et Facebook. Un phénomène évidemment détecté par les médias traditionnels qui comptent bien pouvoir s’appuyer sur cet effet « discussion autour de la machine à café » : « Grâce au Net, la télé retrouve le sourire ».
5) Puisque j’évoquais ci-dessus Courrier International, procurez-vous si vous en avez la possibilité son numéro 1008 (du 25 février au 3 mars 2010) avec un intéressant dossier de Une consacré à « La tyrannie de la transparence » (accessible en ligne uniquement pour les abonnés) : « Les politiques la promettent, les citoyens l’exigent, beaucoup d’internautes la revendiquent dans leurs rapports personnels. La transparence est devenue un idéal universel que l’on pare de toutes les vertus. Et, ces dernières années, de plus en plus de pays se sont dotés de lois en ce sens. De fait, la transparence permet souvent de limiter la corruption et d’améliorer les pratiques de l’État, comme le montre l’exemple de l’Inde. Mais elle ne règle pas tout, met en garde le juriste américain Lawrence Lessig, et peut même finir par saper la confiance dans la démocratie. »
6) J’ai déjà eu l’occasion de m’intéresser ici aux « digital natives », c’est-à-dire aux enfants de la Net génération (voir « Quelle politique pour les enfants du numérique ? »). Un contrepoint intéressant dans Libération de Jean-Noël Lafargue qui les voit davantage comme des « digital naives », plus passifs et moins bidouilleurs-hackers que leurs aînés : « Les jeunes ne sont plus intéressés par l’outil-ordi ».
7) Enfin, last but not least, mon coup de cœur du mois, le nouveau numéro de Books (une revue décidément passionnante !) : « Internet contre la démocratie ». Le dossier n’étant accessible en entier en ligne qu’aux abonnés (et c’est tant mieux car il faut soutenir ce jeune magazine : courez chez votre marchand de journaux, il vaut largement ses 5,9 € !), voyez la présentation du dossier par Olivier Postel-Vinay, fondateur et directeur de la publication, « Pour en finir avec le cyber-optimisme », son interview par Regards sur le numérique, « Le cyber-optimisme est une croyance naïve… », la réplique de Pierre Haski sur Rue 89, « Internet et la démocratie ? Books donne la victoire aux États autoritaires », écoutez le podcast de l’émission de France Culture qui lui est consacrée, « Place de la toile », et venez assister au débat à Sciences Po Paris mardi prochain, le 16 mars de 19h à 21h (l’entrée est libre, voir tous les renseignements pratiques sur la page d’accueil de Books), avec la participation de Fariba Adelkhah, Pierre Assouline, Olivier Bomsel, Pierre Haski, Marie Mendras, Thierry Vedel, Olivier Postel-Vinay… J’y serai !
Halte au feu ! L’unité plutôt que l’indignité
Six exemples : Frédéric Mitterrand, minarets suisses, Bernard-Henri Lévy, Ali Soumaré, Ilham Moussaïd, Quick… Et j’en passe ! De dérapages en amalgames, de controverses en stigmatisations, de lynchages médiatiques en défouloirs racistes, le débat public a viré ces derniers mois au festival d’indignité, libérant une parole populiste et de bas instincts dont les remugles particulièrement nauséabonds n’honorent pas notre pays.
Parmi les exemples cités, il est à noter que le Front national est, au moins à deux reprises, à l’origine des polémiques, surenchérisseur dans les autres cas, et il est permis de se demander si sa faculté à influencer ainsi l’agenda médiatique et politique ne signe pas la victoire d’une certaine forme de « lepénisation » des esprits…
Bien sûr, tout cela s’est joué sur fond de débat sur l’identité nationale. Celui-ci, si intéressant soit-il d’un point de vue historique, théorique ou intellectuel, ne pouvait que produire de la confusion et de la division tant il est apparu inopportun, mal lancé et mal mené, tant il s’est focalisé sur l’immigration et sur l’islam. Éric Besson lui-même a fini par reconnaître qu’il aurait fallu procéder autrement.
Il me paraît tout à fait significatif que cinq anciens Premiers ministres au moins, de gauche et de droite (Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin, Michel Rocard, Lionel Jospin), aient exprimé leurs réserves vis-à-vis de ce débat. Ils l’ont fait, et bien d’autres encore, mieux que je ne le ferais, je n’y reviendrai donc que pour souligner à quel point une identité est, par nature, personnelle, individuelle, intime, multiple même dans ses composantes, évolutive, et qu’elle ne peut en aucun cas constituer un horizon commun, unique, identique pour une société. Sauf à vouloir exclure tel ou telle, parce que différent(e) d’une norme, d’une moyenne, d’une tradition, en vertu de critères qui seraient dès lors arbitraires et infondés, donc illégitimes et profondément contestables.
Si, et c’est une première dimension, je me définis comme Breton, Parisien, Français et Européen, en quoi puis-je m’affirmer Français identiquement ou différemment de mon voisin qui se définit lui comme Corse ou Bordelais ? De cet ami qui a au moins un de ses grands-parents issu de l’immigration, comme c’est le cas aujourd’hui d’un Français sur trois ou quatre ? Si j’ai beaucoup voyagé, si j’ai vécu ou travaillé à l’étranger ; si je m’affirme, par exemple, hétérosexuel, homosexuel ou bisexuel ; catholique, juif, musulman, bouddhiste, libre penseur ou franc-maçon ; autodidacte ou surdiplômé ; et ainsi de suite, cela ne constitue-t-il pas d’autres dimensions tout aussi importantes qui déterminent une identité qui m’est propre et mon appréhension de celle-ci ? Ajoutons en outre que je suis dans l’incapacité de définir ce qui pourrait me distinguer fondamentalement d’un Anglais, d’un Espagnol, d’un Italien, d’un Allemand… et que nous nous retrouverons pourtant sur des valeurs essentielles telles que la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité, la solidarité…
A l’instar de Claude Askolovitch aujourd’hui dans son éditorial du Journal du dimanche, je dis donc sur tous ces sujets, sur tous ces débats nauséabonds qui mettent à mal notre pacte républicain : pyromanes, halte au feu ! Revenons à la raison, retrouvons ce qui est unique, comme le terme l’indique, c’est-à-dire l’unité, l’unité nationale, le désir de vivre ensemble, de construire un destin et un avenir en commun.
Et nous en aurons grandement besoin ! Qu’il s’agisse par exemple de la maîtrise des déficits publics, de la pérennité du financement de nos retraites ou, en élargissant le spectre, de la régulation financière internationale, de la recherche de nouvelles formes de croissance, de l’urgence écologique (que je ne limite donc pas à l’urgence climatique), du formidable défi démographique, probablement l’un des plus grands défis jamais affrontés par l’espèce humaine, nous aurons sur tous ces sujets, face aux immenses changements économiques, culturels, comportementaux à venir, besoin, nécessité, obligation de nous serrer les coudes. Dans une société apaisée, rassemblée et solidaire. Dans une société ouverte aux débats dépassionnés, respectueuse de l’autre, de ses différences, et permettant de définir, tous ensemble, un véritable projet.
Pour que mon propos ne reste pas que théorique, deux illustrations. L’une relativement consensuelle : après le « travailler moins » du PS et le « travailler plus » de l’UMP, qui ont montré tous deux leurs limites, n’est-il pas temps de réfléchir au « travailler mieux » ? L’autre plus polémique : que constate-t-on avec dix ans de recul sur le PACS ? Qu’il concerne aujourd’hui à 95% des couples hétérosexuels et n’a en aucune façon mis en péril le mariage, mais bien au contraire qu’il a répondu de façon manifeste, les chiffres parlent d’eux-mêmes, à une demande sociale latente de sécurité et de formalisation symbolique de nouvelles formes d’union, quelle que soit l’orientation sexuelle des personnes concernées. Était-il donc nécessaire à l’époque de recourir à des slogans tels que « les PD au bûcher » ou de brandir sa Bible dans l’hémicycle ? Assurément non ! Et aujourd’hui, ne conviendrait-il pas d’aborder des sujets proches avec un peu plus d’humilité et d’ouverture d’esprit ? Assurément oui !
Je suis convaincu que se trouve là aussi une solution à la défiance des Français vis-à-vis des politiques et au constat, souligné ce week-end par le médiateur de la République dans son interview au Monde, d’une société émiettée, inquiète, en tension et sans espérance collective.
Bien plus, j’en ai l’intuition depuis quelques mois, je suis donc ravi que Jean-Paul Delevoye partage cette idée : la question du vivre ensemble, la construction de ce nouveau projet de société, cette politique du mieux vivre et du mieux vivre ensemble pourraient constituer un formidable thème, un formidable horizon pour la campagne présidentielle de 2012 !
Communication : incontournables de janvier 2010
Cela devient une tradition sur ce blog ! Avant une série de textes plus politiques dans les prochaines semaines, une nouvelle revue de web de différents thèmes de fond liés à la communication politique au sens large. Pour cette sélection de janvier 2010, 7 sujets et 25 liens : que du lourd pour « penser la politique » d’aujourd’hui et de demain !
1) Philippe Séguin, grand homme politique, gaulliste social aux fortes convictions avec une haute vision de la politique et de l’État, était aussi un grand communicant et un excellent orateur. Dans cet article du Monde, le chercheur et sociologue Philippe Riutort revient sur sa maîtrise du discours, due tant à sa sincérité (il écrivait lui-même ses discours) qu’à sa culture historique et à sa parfaite connaissance de la langue : « Séguin le communicant ou la parfaite maîtrise des codes de la rhétorique ». Dans le même ordre d’idée, Roselyne Bachelot révéla sur Europe 1, à l’occasion de sa disparition, son rôle dans l’écriture de son fameux discours sur le Pacs en novembre 1998, comme le relate Rue 89 : « Séguin, co-auteur du discours de Bachelot sur le Pacs »…
2) Pour en finir sur le thème de la philosophie différente des réseaux sociaux lancés récemment par l’UMP et le PS - sujet déjà abordé dans mes précédents billets - deux liens complémentaires. D’une part, l’analyse de Nicolas Vanbremeersch (bien connu dans la blogosphère politique) qui présente l’avantage de prendre un peu de hauteur vis-à-vis de ce phénomène : « Réseaux sociaux politiques : quelques remarques ». D’autre part, un article du Monde qui constitue un bon résumé des convergences et divergences d’approche entre Les Créateurs de possibles (UMP) et La Coopol (PS) : « UMP, PS : deux réseaux sociaux, deux philosophies différentes ».
3) D’un côté, grand lecteur, me considérant comme généralement très bien informé, de l’autre, citoyen responsable, désormais vacciné depuis quelques jours (dès que j’ai reçu le bon ad hoc), et par ailleurs communicant de profession, j’estime objectivement que Roselyne Bachelot a globalement fait, à chaque moment, ce qu’il fallait pour lutter contre la grippe A, en fonction de l’évolution de la situation et des connaissances scientifiques et épidémiologiques, elles-mêmes fort évolutives au cours des derniers mois. En ce sens, je pense que la commission d’enquête parlementaire ne sera pas, in fine, une mauvaise chose : elle permettra de reconnaître le bien fondé des décisions de la ministre de la Santé et d’en tirer des enseignements utiles pour l’avenir. Du point de vue de la communication publique et politique, il y aura aussi beaucoup de choses à retirer de cet épisode : pourquoi les Français, et les Européens d’une manière générale (à l’exception notable des Suédois), ont-ils été si réticents à se faire vacciner ; comment les médias ont-ils traité ce sujet ; quel rôle a joué la « contre-communication » sur Internet ; le principe de précaution est-il opérant dans les faits ou n’est-il destiné qu’à rester un concept théorique, confortable pour l’esprit parce que rassurant ; comment communiquer sur un sujet à la fois complexe, scientifique, incertain, mouvant, de surcroît dans une société de défiance où toute parole publique est d’emblée sujette à caution de la part des citoyens… Je suis convaincu qu’il y a là un vaste champ d’analyse pour les chercheurs et étudiants en communication ! D’autant que nous nous situons aux confluents de diverses disciplines, avec des composantes sociologiques, anthropologiques, philosophiques… Une sélection d’articles pour éclairer et élargir la réflexion :
- en introduction, un éditorial du Monde : « Le doute A(H1N1) »,
- une interview de l’anthropologue Frédéric Keck (Le Monde) : « Lutte anti-grippe A : "Un échec du catastrophisme" »,
- une interview de François Ewald, philosophe du risque (Le Monde) : « Le principe de précaution oblige à exagérer la menace »,
- un point de vue d’Éric Le Boucher (Slate.fr) : « La société française refuse le risque »,
- celui de Thomas Legrand (Slate.fr) : « Critiquer Roselyne Bachelot est trop facile »,
- enfin, une tribune très intéressante de Thierry Saussez, le directeur du Service d’information du gouvernement (SIG), publiée dans Le Monde : « Gestion de crise et communication ».
4) Un débat qui agite la blogosphère ces dernières semaines sur la fin réelle ou supposée de la vie privée, à la suite notamment de déclarations de Marc Zuckerberg, le patron de Facebook. Deux points de vue intéressants et discordants, encore une fois utiles pour nourrir la réflexion sur ce sujet majeur, potentiellement annonciateur d’évolutions sociologiques importantes, avec des conséquences directes ou indirectes dans de nombreux domaines de la communication : voir Jean-Marc Manach sur InternetActu (« Vie privée : le point de vue des petits cons ») et la réponse d’Alexis Mons sur le blog de l’agence groupeReflect (« La vie privée n’est pas ce que l’on croit »).
5) Les résultats du premier « baromètre de la confiance politique » lancé par le Cevipof (Centre d’études de la vie politique française) de Sciences Po (lien direct pour télécharger les résultats en PDF). Voir aussi l’analyse du Monde (« 67% des Français n’ont plus confiance dans la politique ») et de Slate.fr (« Les Français dans l’ère de la défiance »). Là aussi, une mine pour penser la politique et sa communication !
6) Un incontournable : le baromètre annuel (depuis 1987 !) TNS Sofres/Logica de confiance dans les médias, publié par le quotidien La Croix : « Les Français et leurs médias, une confiance paradoxale ». Voir aussi ce résumé des principaux résultats, ce lien direct pour les télécharger en PDF et cet article complémentaire, « La télévision a de l’avenir ».
7) Enfin, je vous recommande vivement de courir dans un kiosque vous procurer le nouveau numéro de Manière de voir, le hors-série bimestriel du Monde diplomatique : « Internet, révolution culturelle ». En un seul mot : passionnant !!!

