Deux tours suffisent : regroupons les élections
Après la participation massive aux deux tours de l’élection présidentielle, l’abstention massive au premier tour des législatives (et probablement au second)...
Rien de surprenant à cela, me semble-t-il : plus que la manifestation d’un désintérêt vis-à-vis de ce scrutin ou d’un fatalisme vis-à-vis d’un résultat attendu, les électeurs sont fatigués et ont le sentiment d’avoir déjà exprimé de façon très claire leurs choix à l’issue d’une longue course présidentielle, intéressante et où tous les grands enjeux ont été abordés. Au passage, je me félicite de la variété, de la qualité et du niveau de ce débat, en particulier sur le plan économique et social (au contraire de la campagne de 2002, abusivement trustée par le thème quasi unique de l’insécurité, ou de celle de 2005 pour le référendum sur le traité européen qui a confiné à de la tromperie pure et simple de la part de ses adversaires).
Il n’est donc nul besoin d’un 3e et 4e tours législatifs, qu’ils soient de confirmation ou de revanche : allons jusqu’au bout de la logique du quinquennat (et de la présidentialisation de fait qui en découle), regroupons les élections !
Cela ne me paraît présenter que des avantages : les campagnes seront au final moins longues ; l’action pourra commencer plus rapidement, sans attendre un mois supplémentaire ; nous pourrons choisir, en une seule fois, quel projet nous voulons et qui nous souhaitons le voir conduire... De plus, je pense que cela participera d’un meilleur équilibre et d’une meilleure représentation des différentes sensibilités politiques, à l’image du résultat du 1er tour de l’élection présidentielle, tout en assurant par la logique du 2nd tour une majorité stable.
Un effet induit qui n’est pas non plus pour me déplaire : ce regroupement présidentielle-législatives contribuera aussi à réduire certaines argumentations et considérations locales qui n’ont pas lieu d’être lors de l’élection d’un député, représentant national. Sans nuire pour autant au lien personnel et local, surtout si le parlementaire élu habite vraiment dans sa circonscription...
Il est possible de pousser plus loin cette logique en regroupant, à mi-mandat présidentiel et législatif, les élections locales : municipales, régionales et peut-être même sénatoriales (je ne parle volontairement pas des cantonales : je suis pour la fusion des régions et des départements). Comme dans d’autres pays, nous aurons ainsi une précieuse indication démocratique de la perception de la politique gouvernementale par les citoyens : en fonction de ces résultats, la majorité en place aura la possibilité d’ajuster ses orientations et son action sans crise majeure. Sans que ce soit la rue ou les sondages qui guident les orientations politiques du moment... Mais aussi sans campagnes électorales permanentes dues aux échéances successives : pendant qu’on prépare l’élection suivante, on n’agit pas ou mal...
Des regroupements entre élections cohérentes entre elles : le raccourcissement du mandat présidentiel, l’accélération du monde, la nécessité de l’action nous y poussent ; le caractère adulte de notre démocratie nous le permet.
Un mandat et un seul !
Puisque nous retournons voter dimanche, pour le premier tour des législatives, une prise de position : je suis favorable à une stricte limitation des mandats, à la fois en nombre et dans le temps.
En nombre, parce que je considère qu’on ne peut bien assumer qu’un seul mandat à la fois : les responsabilités sont telles qu’elles ne sont pas cumulables entre elles, que l’investissement et l’énergie ne peuvent se disperser. On ne peut être à la fois député et maire (surtout d’une grande ville), député et président d’un conseil régional ou général, député et président d’une communauté urbaine ou autre structure du même type.
Je vais même plus loin : on ne peut être à la fois député et conseiller municipal, général ou régional (ne soyons pas hypocrites : cela évitera d’avoir des « hommes de paille » à la tête de ces collectivités, le véritable pouvoir étant assuré par celui qui est censé n’être qu’un adjoint...). Je suis pour le mandat électif unique, quel que soit ce mandat.
D’ailleurs, tant que nous y sommes, je suis pour que le candidat élu exerce le dernier mandat pour lequel il s’est présenté : député, je me présente sur une liste pour des élections régionales et je suis élu ? Je dois abandonner mon fauteuil à l’Assemblée et siéger à la région ! Simple question de respect du principe démocratique et de l’électeur !
Cela participera grandement à mon sens du renouvellement (et de la diversification) de la vie et du personnel politiques. C’est pour les mêmes raisons que je suis aussi favorable à une limitation dans le temps : dans son projet, Nicolas Sarkozy prévoyait de limiter par la loi à deux, comme aux Etats-Unis entre autres, le nombre de mandats pouvant être exécutés par un président de la République. Je souhaite que ce projet se concrétise et qu’il s’étende à tous les mandats, sans exception.
Vous êtes un homme politique brillant, aimé de vos électeurs et assuré de votre réélection autant que vous vous présenterez ? Parfait ! Une fois que vous aurez été maire ou conseiller général deux fois et que vous aurez ainsi prouvé vos qualités, vous pourrez envisager de devenir jusqu’à deux fois député, sénateur... Vous verrez que vous ferez une aussi belle « carrière » politique !
Sans surprise, je suis également réservé quant au fait que des ministres se présentent aux législatives : si je peux comprendre leur recherche de légitimité par le suffrage universel (mais n’étaient-ils pas déjà pour la plupart des élus, même ceux passés entre-temps par la case du précédent gouvernement ?), j’estime plus logique de voter directement pour les suppléants (dont bon nombre étaient de fait députés), c’est-à-dire pour ceux qui exerceront réellement leur mandat.
D’ailleurs, si on pousse le raisonnement jusqu’à l’absurde, imaginons qu’un de ces ministres soit battu : il devra quitter le gouvernement nous a-t-on dit. Il ne sera donc au final ni ministre ni député ?! Il aura vraiment tout perdu...


