Quelle politique pour les enfants du numérique ?
J’ai bien apprécié le numéro spécial juillet-août de Books (il ne faut pas s’arrêter au titre provocateur ou marketing du dossier, « Internet rend-il encore plus bête ? »), consacré aux mutations culturelles induites par Internet et les technologies qui l’entourent.
Un article a particulièrement retenu mon attention, celui consacré au livre du sociologue canadien Don Tapscott, « Enfants de l’ère numérique. Comment la Net génération change votre monde » (« Grown Up Digital. How the Net Generation is Changing Your World », MacGraw-Hill, 2008 - le livre n’a pas encore été publié en français mais on peut le trouver en anglais sur Amazon.fr par exemple). A l’issue de son enquête, il dresse les 8 règles qui caractérisent, selon lui, la plupart des membres de la Net génération, c’est-à-dire schématiquement ceux qui ont aujourd’hui jusqu’à 30 ans environ (appelés aussi parfois les « Digital Natives ») :
1) ils attachent du prix à la liberté,
2) ils veulent des produits personnalisés,
3) ils adorent le travail en commun,
4) ils examinent tout minutieusement,
5) ils tiennent à la probité des institutions et des entreprises,
6) ils veulent s’amuser, même à l’école ou au travail,
7) ils pensent que la vitesse est normale en tout,
8) et ils considèrent que l’innovation permanente fait partie de la vie.
Pour ces enfants de l’ère numérique, « plus malins, plus rapides et plus ouverts à la diversité que leurs prédécesseurs », quelles seront les conséquences dans le champ politique de ces évolutions sociologiques et comportementales ? Quelles adaptations de l’offre politique seront nécessaires pour répondre à leurs besoins, à leurs attentes ? Comment, du point de vue de la communication politique, s’adresser à eux avec pertinence et efficacité ? Je n’ai pas de réponse immédiate, pas plus que de réponses toutes faites, mais il me semble que cela ouvre un champ de réflexion intéressant et passionnant ! A tout le moins, qu’il ne faut pas ignorer… Et vous, qu’en pensez-vous ?
Aucun trackback pour l'instant



9 septembre 2009
Réalisant une bibliographie pour illustrer la conférence de Richard Collin à la BMVR Alcazar de Marseille dont le thème sera « Culture 2.0 et les technologies culturelles et de l’esprit (mythe et réalité) », je découvre votre blog par le billet évoquant Don Tapscott et le trouve très intéressant, c’est important pour nous « lecteurs » de l’avoir repris.
Cordialement
1 septembre 2009
Je pense que les règles qui seront sûrement les plus usitées en communication politique, voire même publique, pour ces Digital Natives, seront : les 2, 7 et 8, indéniablement.
Mais peut-être plus dans un premier temps la 2. La personnalisation de la communication. On peut déjà le voir à travers la multiplication des blogs, destinés à un type de personnes en particulier, à travers le développement des mouvements politiques dits communautaires à l’intérieur même d’un parti politique (pour l’UMP : jeunes pop’, jeunes actifs, gaylib, handipop, etc.) mais tout cela tendra à se développer, encore un peu plus, et l’on ne voudra plus, en tant que « consommateur », de choses qui ne nous correspondent plus.
L’innovation permanente est un peu le cas aussi. On multiplie les supports, on multiplie les idées, on multiplie les cibles, on multiplie les campagnes.
Quant à la vitesse, les nouveaux réseaux sociaux permettent l’encouragement du sentiment et offrent aux personnes qui communiquent la possibilité de le faire. En un clic, des milliers de personnes peuvent être touchées. Les partis politiques s’y mettent en développant leurs propres réseaux sociaux (initiés chez les Verts si mes souvenirs sont bons).
On assiste et continuera à assister à une dématérialisation de la communication qui a mis un peu plus de temps à s’imposer dans les mentalités politiques françaises que dans d’autres pays (regardons la campagne d’Obama, par exemple) mais le site de l’Elysée version 2.0 ouvrira bientôt ses portes et ne sera plus seulement un site de présentation mais bien un site d’échanges, de partenariat, interactif. On associe les Français, les internautes à la communication, quasiment au pouvoir. Du moins on leur en laisse l’infime illusion.