Damien Bégoc – Blog politique « Je ne m’occupe pas de politique. » C’est comme si vous disiez : « Je ne m’occupe pas de la vie. » (Jules Renard)

23sept/090

Authenticité et politique, selon Alastair Campbell

Un point de vue assez intéressant d'Alastair Campbell, l'ancien « spin doctor » de Tony Blair (autrement dit son ancien directeur de la communication et de la stratégie) est paru ce lundi 21 septembre dans la nouvelle formule du Figaro : « L'authenticité, clé de voûte de la communication politique ». En comparant la trajectoire de cinq dirigeants (Angela Merkel, Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy, Gordon Brown, Barack Obama), il en déduit, d'une part, que cette authenticité est une caractéristique commune de leurs victoires, d'autre part, que l'abandon de celle-ci peut expliquer certains de leurs revers dans l'opinion.

A signaler, au passage, une magnifique citation de Mario Cuomo, un ancien gouverneur de New-York : « Nous faisons campagne en vers, mais nous gouvernons en prose. » Elle pourrait figurer dans mon dictionnaire !

Puisque l'article n'est pas en ligne, l'essentiel en cinq points :

1) Même si Angela Merkel constitue d'une certaine manière, selon Alastair Campbell, « l'antithèse de ce que le public attend d'un candidat moderne » (« Elle donne l'image de quelqu'un d'austère et d'effacé, sa campagne est terne, elle n'a pas le charisme de Barack Obama ou le dynamisme de Nicolas Sarkozy, elle dépense certainement moins en cosmétiques capillaires et en maquillage que Silvio Berlusconi... »), elle sera réélue chancelier allemand dimanche prochain tout simplement parce que les électeurs auront perçu qu'elle est authentique.

2) Notre époque se caractérise par un certain nombre de problématiques communes à tous les chefs de gouvernement selon Alastair Campbell :
- l'opinion publique est moins spontanément respectueuse de l'autorité,
- l'apparence et la célébrité dominent notre culture,
- avec l'explosion médiatique des deux dernières décennies, l'homme politique moderne est, plus qu'il ne l'a jamais été, examiné sous toutes les coutures,
- d'un côté les politiques et les partis ont été contraints de revoir leurs techniques de gestion des médias, de l'autre le grand public est bien davantage au fait de ces mécanismes,
- les possibilités infinies offertes par Internet et les réseaux sociaux bouleversent le rapport des citoyens à la politique.
Par conséquent, « le contrôle d'un message étant moins simple, il est d'autant plus crucial que celui-ci soit clair ».

3) Ainsi, toujours selon Alastair Campbell, si l'épisode controversé de la visite de Nicolas Sarkozy dans une usine et des « personnes de petite taille » photographiées à ses côtés a eu un tel retentissement en Angleterre (comparable à son élection ou à son mariage, dit-il !), c'est « parce qu'il s'agit d'un processus fascinant - que les médias adorent - qui touche au cœur de l'authenticité, ce que le grand public sent rapidement ». De même, puisqu'« une démarche d'authenticité se réfère également à une stratégie plus large », si les annonces relatives à la taxe carbone ont suscité autant de rejet que de soutien, c'est selon lui parce qu'elles ne semblaient pas correspondre à ce que le peuple attendait : « Le terrain n'avait pas été préparé, et cette loi n'a donc pas été perçue comme étant issue d'une stratégie plus large. C'est ce qui a conduit les gens à s'interroger sur ses motivations profondes et à prétendre que tout cela n'était que gesticulations visant à préparer le sommet de Copenhague ou à n'y voir que des manœuvres visant à réduire la dette. »

4) Alastair Campbell prend également en exemple le peuple appréciant de voir Gordon Brown s'attaquer à bras-le-corps à des questions cruciales comme la crise financière mais réagissant négativement lorsqu'il cherche à sortir de l'image d'« Ecossais austère » qui colle à sa réputation. [On peut établir un parallèle analytique avec la réaction des Français face au Fouquet's, au yacht de Bolloré, à la période « bling-bling », aux dérapages verbaux... : cela ne correspondait pas à l'« authenticité » attendue de la part d'un président de la République, voir l'article de Sylvie Pierre-Brossolette dans Le Point de la semaine dernière - l'article n'est pas en ligne non plus, décidément...] Ou bien encore l'exemple de Barack Obama commençant à reprendre la main sur le projet de réforme du système de santé grâce à son discours devant le Congrès : les citoyens y ont vu le « vrai Obama, avec tout son art politique et oratoire, armé de réels arguments, pourvu d'un sens de la passion, de sa mission, et prêt à combattre de nouveau ». Cela a bien fonctionné parce que cela a rappelé aux citoyens pourquoi ils l'avaient élu. « Même si c'était attendu, c'était frais et puissant, c'était authentique. »

5) En conclusion, que retenir sur le fond de ce point de vue d'Alistair Campbell ? A mon sens, ces deux passages en particulier :

- « Le premier pas - et le plus important - sur la voie de l'authenticité est d'incarner qui on est et ce qu'on est. Ce qui ne revient pas à nier la nécessité de prendre soin de son image, du choix des mots, des photos, des tenues vestimentaires et des médias, à ignorer le soutien des camarades d'un tiers parti ou les attaques des adversaires. Mais tous doivent se référer à une réalité stratégique de base. »

- « Personne n'est en mesure de conduire son pays sans être doté de qualités hors du commun. Les cinq leaders évoqués sont tous différents, chacun possédant son propre style, sa personnalité, ses forces et faiblesses. Mais la prose du gouvernement est une tâche encore plus ardue que la poésie des campagnes électorales. Accéder au sommet est assez difficile. S'y maintenir, de nos jours, se révèle une tâche encore plus ardue. [...] La seule ligne de conduite valable est l'honnêteté avec soi-même. »

Truismes ? Je suis assez d'accord, mais je crois qu'il est toujours bon de revenir à certains fondamentaux...

20sept/091

Vers des élections de mi-mandat en 2014 ?

Dans cet article du Monde sur le projet de réforme des collectivités territoriales, j'ai relevé une idée intéressante, d'autant plus qu'à ma connaissance c'est la première fois qu'elle apparaît dans le débat public : le regroupement le même jour de toutes les élections locales en 2014, c'est-à-dire à mi-mandat du président de la République qui sera élu en 2012. J'y souscris pleinement, je l'ai écrit ici même il y a deux ans (Deux tours suffisent : regroupons les élections).

D'une part, ce regroupement enlèverait un « prétexte » à l'abstention. D'autre part, et surtout, il permettrait de limiter quelque peu la dictature permanente des sondages d'opinion : puisque ce rendez-vous démocratique serait déterminé à l'avance, le gouvernement saurait qu'il dispose du temps nécessaire - deux ans et demi - pour déployer les premières phases de son programme et en récolter les premiers résultats sans les habituelles contingences de court terme (car oui, il faut du temps, même à une époque d'immédiateté, pour mettre en place une politique)...

A charge ensuite pour la majorité en place d'ajuster ou de réorienter son action en fonction du résultat de ces élections de mi-mandat. Après tout, dans une démocratie, les urnes ne sont-elles pas par définition - bien plus que les sondages, les cotes de popularité et même les manifestations - la seule « évaluation » acceptable d'une politique ?

NB : cet article du Monde confirme par ailleurs la volonté présidentielle de réduire de 6 000 à 3 000 le nombre d'élus territoriaux par la fusion des conseillers généraux et régionaux. Comme je l'ai indiqué incidemment en commentaire sous mon précédent billet, l'économie ainsi réalisée sur leurs frais de mandat pourrait utilement permettre de revaloriser les indemnités des élus (maires) des petites communes dont le dévouement relève bien souvent du sacerdoce eu égard à l'importance des responsabilités qui leur incombent... Les citoyens et contribuables y gagneraient quant à eux significativement sur un autre plan, grâce aux économies d'échelle permises par la fin des doublons et la meilleure répartition des missions entre la région et le département. Ce serait donc une opération gagnant-gagnant pour tout le monde !

3sept/094

Généraliser le mandat unique et les primaires

Les débats actuels, au PS et à l'UMP, sur le non-cumul des mandats et l'organisation de primaires m'intéressent : sur ces deux sujets, j'y vois la concrétisation d'aspirations citoyennes et la perspective d'évolutions positives de notre système politique, l'orientation vers une modernité démocratique bienvenue (au même titre d'ailleurs que les attentes profondément sociétales vis-à-vis des principes de la démocratie participative, j'y reviendrai prochainement).

En ce qui concerne le non-cumul des mandats, je l'ai écrit sur ce blog en juin 2007 : je suis non seulement favorable à un mandat et à un seul mais également partisan d'une limitation dans le temps (deux mandats maximum, comme pour le président de la République désormais) et de l'exercice du dernier mandat pour lequel on s'est présenté devant les électeurs. [Sur cet ancien billet de juin 2007, le dernier paragraphe est aujourd'hui obsolète puisque la révision constitutionnelle intervenue depuis permet désormais à un ministre démissionnaire ou démissionné de retrouver automatiquement son siège de parlementaire. Pour le reste, je n'y change pas une virgule !]

Ainsi, lorsqu'en juillet les militants finistériens du PS votent en faveur du non-cumul, je dis bravo ! Lorsque Martine Aubry reprend ce principe à son compte à la Rochelle, je dis bravo ! Lorsque Xavier Bertrand engage l'UMP sur cette voie, dans la perspective des régionales, je dis bravo ! Et je redis encore mille bravos lorsqu'aujourd'hui le Premier ministre, François Fillon, enfonce le clou dans une interview à paraître dans le Figaro magazine : « Les ministres qui l'emporteront dans leur région devront la présider et quitter le gouvernement. On ne peut plus aujourd'hui demander aux électeurs de vous porter à la présidence d'une région et ne pas l'assumer en cas de succès. » Tout cela reste à concrétiser mais ces quatre prises de position vont incontestablement dans le bon sens.

Je vois d'un tout aussi bon oeil l'idée des primaires (je vous suggère de télécharger par exemple la synthèse du rapport d'Olivier Duhamel et Olivier Ferrand sur le site de la fondation Terra Nova) et je suis favorable à leur généralisation, à l'UMP comme au PS, et ce pour toutes les élections, qu'elles soient nationales ou locales, pas seulement pour la présidentielle. Les modalités pratiques restent à discuter mais le principe ne me paraît présenter que des avantages sur le fond, qu'il s'agisse d'intéresser les électeurs, de permettre le débat autour du projet (et de ses nuances) porté par les candidats à la candidature, de favoriser l'émergence de nouvelles thématiques en phase avec les préoccupations des électeurs, de renforcer le lien de proximité entre les citoyens et le personnel politique, de casser certains jeux internes de partis, et même - cela compte aussi ! - de faciliter le recrutement de nouveaux adhérents, de susciter de nouveaux dons, de limiter les dissidences...

Et surtout, surtout, je reprends totalement à mon compte cette phrase de l'éditorial du Monde de ce jour, tant il est vrai que le non-cumul et les primaires se rejoignent dans cette aspiration à une modernité démocratique : débloquer « le renouvellement fluide des élus et des élites aussi bien en termes de générations que de parité ou de diversité ». Au risque d'insister : renouvellement fluide, générations, parité, diversité, tant de choses qui nous manquent tellement !

1sept/090

« Communiquer ne suffit pas »

A propos de la communication de Barack Obama, un article intéressant à signaler cette semaine dans Courrier International (n° 982 du 27 août au 2 septembre 2009), repris de l'hebdomadaire américain New York Magazine : « Communiquer ne suffit pas » (l'article n'est disponible en ligne que pour les abonnés).

La journaliste, Jennifer Senior, y revient sur les critiques qui se font jour vis-à-vis du président américain qui « semble travailler autant dans l'information que dans la politique » : « Omniprésent dans les médias, Obama a fait de l'hypercommunication sa marque de fabrique » mais cette « quasi-saturation médiatique lui vaut pas mal de critiques » tant de la part de ses partisans que de ses détracteurs. Les uns redoutent que cette surexposition « galvaude sa parole, érode son aura et, pis encore, dégage des accents de désespoir » ; les autres l'accusent d'inaction et de préférer les grands discours, qui peuvent en outre finir par lasser, aux actes. Pour autant, l'opinion conserve un appétit insatiable pour tout ce qui concerne Obama, « du plus trivial au plus sérieux ».

Pour la journaliste américaine, Obama est « le premier président à avoir saisi toutes les possibilités offertes par un paysage marqué par l'hyperrapidité, l'hyperdensité et l'hypervariété », grâce en particulier à l'utilisation raisonnée, méthodique et multisupport d'Internet qui offre un espace illimité à la communication politique tant en volume qu'en temporel.

Sur le fond, « le message n'est plus seulement un moyen, c'est une fin en soi » : selon Jennifer Senior, cet hyperactivisme médiatique et ce goût des grands discours peuvent s'expliquer par la volonté du président américain de « changer les mentalités autant que le système politique », de redéfinir certaines des valeurs américaines (voir, par exemple, les débats autour de l'assurance santé), avec la conscience qu'il s'agit de processus lents, qui se font pas à pas (pour établir un parallèle, on peut penser au temps, c'est-à-dire à la maturité, qu'il a fallu en France pour réformer le système de retraite et faire globalement accepter cette évolution par l'opinion).

Bien sûr, cet article du New York Magazine n'est pas sans rappeler les reproches qui sont régulièrement adressés par l'opposition à Nicolas Sarkozy et à son hyperactivité communicationnelle : de part et d'autre de l'Atlantique, mêmes causes, mêmes effets ? Pour Dominique Wolton, récemment interrogé par le Monde (daté du 22 août, à propos de la fameuse visite de Luc Chatel dans un supermarché, avec de fausses clientes qui auraient été commanditées par la chaîne de distribution...), « notre société vante l'hypermédiatisation alors même que le capital d'un politique s'érode à l'usage et ne se reconstruit que très difficilement » : certes mais, tout souhaitable qu'il paraisse, le retour à un certaine sobriété médiatique est-il seulement possible ? A mon sens, oui, il y a là une voie intéressante à explorer et, j'en suis convaincu, qui serait fort appréciée des électeurs. J'y reviendrai.

NB1 : voir aussi, dans le même numéro du Monde et sur le même sujet, le point de vue complémentaire de Roger-Gérard Schwartzenberg.

NB2 : pour le plaisir, une définition intéressante de Dominique Wolton, toujours dans le Monde : « La communication politique - qui est un art difficile - respecte trois logiques souvent contradictoires : le discours de l'acteur politique, le rôle des médias et la réception par l'opinion. » La communication politique, un art difficile ? Oui, bien sûr ! D'où l'intérêt (la nécessité !) de recourir à des professionnels... ;-))

NB3 : rien à voir avec ce qui précède, mais à lire également cette semaine un article intéressant dans le Point sur les « plumes » des hommes politiques. Je n'ai pas réussi à retrouver en ligne l'article, juste la dépêche AFP initiale qui l'a probablement suscité... Qu'à cela ne tienne, si ce sujet vous intéresse, lisez la tout aussi intéressante - si ce n'est davantage - enquête de Bruno Fay !

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