Damien Bégoc – Blog politique « Je ne m’occupe pas de politique. » C’est comme si vous disiez : « Je ne m’occupe pas de la vie. » (Jules Renard)

11oct/090

Du slogan électoral au déclassement social

Un article de Nonfiction.fr à propos d'un texte de Robert Redeker et des slogans électoraux ainsi que le dossier du Monde sur le thème du déclassement m'ont particulièrement intéressé cette semaine et je souhaitais vous faire partager ces « bons liens ».

A partir d'une analyse de la formule d'Obama « Yes we can ! », le philosophe Robert Redeker invite dans ce livre chroniqué par Nonfiction.fr à une intéressante réflexion sur ce qu'est un slogan politique ou électoral : que signifie un slogan, à qui s'adresse-t-il, qui englobe-t-il, quel est son degré d'universalité, est-il rassembleur ou clivant, les liens avec la publicité commerciale ou la reprise par celle-ci de slogans fameux...

Même si Robert Redeker est très critique vis-à-vis de la formule d'Obama (« n'affirmant aucun contenu, vide de sens », consumériste, engendrée par les médias mondialisés...), son texte propose une mise en perspective (historique, philosophique, comparative) intéressante et qui peut être appliquée à la réflexion sur n'importe quel autre slogan. Ce « Yes we can, slogan électoral » est en outre très court (à peine 40 petites pages !) et très facile à lire, aucune raison donc de s'en priver, par exemple le temps d'un trajet en métro !

L'autre sujet de la semaine tourne autour de la parution (dans la collection de la République des idées dirigée par Pierre Rosanvallon) du livre d'Eric Maurin : « La Peur du déclassement, une sociologie des récessions ». Pour l'économiste, le déclassement ne touche réellement la société qu'à la marge, à l'inverse de la peur de déclassement, ressentie elle « par l'ensemble de la société, y compris par les classes moyennes et supérieures, celles qui ont le plus à perdre », cette peur qui paralyse la société et qui est à l'origine de ses blocages et de son incapacité à se réformer.

Le Monde y consacre un dossier complet, avec une interview d'Eric Maurin, les réactions de Laurence Parisot, François Chérèque, Xavier Bertrand, Manuel Valls, et surtout le compte rendu d'un chat avec le sociologue Louis Chauvel qui a un point de vue totalement différent : pour lui (comme pour d'autres auteurs tels que Camille Peugny ou Christian Baudelot), le déclassement social (qu'il soit par rapport à sa famille, à son parcours professionnel ou à son niveau de diplôme) est bel et bien une réalité et ne se limite pas, loin de là, à un simple phénomène psychologique (à voir aussi la page de réactions des lecteurs) !

Quelle que soit la position vis-à-vis de ce phénomène du déclassement, réel ou supposé, quelle que soit son ampleur, définir aujourd'hui un projet politique, par exemple pour 2012, implique nécessairement de s'y intéresser, de prendre en considération en particulier le malaise des classes moyennes, de réfléchir aux évolutions de la société, de trouver un modèle ou un équilibre entre, d'un côté, protection des statuts, de l'autre, accompagnement des individus et des parcours.

A mon sens, il s'agit d'un vrai sujet de société, dépassant assez largement les clivages droite-gauche habituels, c'est un thème dont j'ai d'ailleurs l'intuition depuis pas mal de temps (des mois voire des années), j'y reviendrai donc sûrement...

Finalement, je me rends compte que ces deux sujets de la semaine reflètent bien mes centres d'intérêt : d'une part, la forme (non dénuée de fond), d'autre part, le fond en lui-même... Je préfère nettement cela à certaines polémiques odieuses et nauséabondes !

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