Communication : incontournables de janvier 2010
Cela devient une tradition sur ce blog ! Avant une série de textes plus politiques dans les prochaines semaines, une nouvelle revue de web de différents thèmes de fond liés à la communication politique au sens large. Pour cette sélection de janvier 2010, 7 sujets et 25 liens : que du lourd pour « penser la politique » d’aujourd’hui et de demain !
1) Philippe Séguin, grand homme politique, gaulliste social aux fortes convictions avec une haute vision de la politique et de l’État, était aussi un grand communicant et un excellent orateur. Dans cet article du Monde, le chercheur et sociologue Philippe Riutort revient sur sa maîtrise du discours, due tant à sa sincérité (il écrivait lui-même ses discours) qu’à sa culture historique et à sa parfaite connaissance de la langue : « Séguin le communicant ou la parfaite maîtrise des codes de la rhétorique ». Dans le même ordre d’idée, Roselyne Bachelot révéla sur Europe 1, à l’occasion de sa disparition, son rôle dans l’écriture de son fameux discours sur le Pacs en novembre 1998, comme le relate Rue 89 : « Séguin, co-auteur du discours de Bachelot sur le Pacs »…
2) Pour en finir sur le thème de la philosophie différente des réseaux sociaux lancés récemment par l’UMP et le PS - sujet déjà abordé dans mes précédents billets - deux liens complémentaires. D’une part, l’analyse de Nicolas Vanbremeersch (bien connu dans la blogosphère politique) qui présente l’avantage de prendre un peu de hauteur vis-à-vis de ce phénomène : « Réseaux sociaux politiques : quelques remarques ». D’autre part, un article du Monde qui constitue un bon résumé des convergences et divergences d’approche entre Les Créateurs de possibles (UMP) et La Coopol (PS) : « UMP, PS : deux réseaux sociaux, deux philosophies différentes ».
3) D’un côté, grand lecteur, me considérant comme généralement très bien informé, de l’autre, citoyen responsable, désormais vacciné depuis quelques jours (dès que j’ai reçu le bon ad hoc), et par ailleurs communicant de profession, j’estime objectivement que Roselyne Bachelot a globalement fait, à chaque moment, ce qu’il fallait pour lutter contre la grippe A, en fonction de l’évolution de la situation et des connaissances scientifiques et épidémiologiques, elles-mêmes fort évolutives au cours des derniers mois. En ce sens, je pense que la commission d’enquête parlementaire ne sera pas, in fine, une mauvaise chose : elle permettra de reconnaître le bien fondé des décisions de la ministre de la Santé et d’en tirer des enseignements utiles pour l’avenir. Du point de vue de la communication publique et politique, il y aura aussi beaucoup de choses à retirer de cet épisode : pourquoi les Français, et les Européens d’une manière générale (à l’exception notable des Suédois), ont-ils été si réticents à se faire vacciner ; comment les médias ont-ils traité ce sujet ; quel rôle a joué la « contre-communication » sur Internet ; le principe de précaution est-il opérant dans les faits ou n’est-il destiné qu’à rester un concept théorique, confortable pour l’esprit parce que rassurant ; comment communiquer sur un sujet à la fois complexe, scientifique, incertain, mouvant, de surcroît dans une société de défiance où toute parole publique est d’emblée sujette à caution de la part des citoyens… Je suis convaincu qu’il y a là un vaste champ d’analyse pour les chercheurs et étudiants en communication ! D’autant que nous nous situons aux confluents de diverses disciplines, avec des composantes sociologiques, anthropologiques, philosophiques… Une sélection d’articles pour éclairer et élargir la réflexion :
- en introduction, un éditorial du Monde : « Le doute A(H1N1) »,
- une interview de l’anthropologue Frédéric Keck (Le Monde) : « Lutte anti-grippe A : "Un échec du catastrophisme" »,
- une interview de François Ewald, philosophe du risque (Le Monde) : « Le principe de précaution oblige à exagérer la menace »,
- un point de vue d’Éric Le Boucher (Slate.fr) : « La société française refuse le risque »,
- celui de Thomas Legrand (Slate.fr) : « Critiquer Roselyne Bachelot est trop facile »,
- enfin, une tribune très intéressante de Thierry Saussez, le directeur du Service d’information du gouvernement (SIG), publiée dans Le Monde : « Gestion de crise et communication ».
4) Un débat qui agite la blogosphère ces dernières semaines sur la fin réelle ou supposée de la vie privée, à la suite notamment de déclarations de Marc Zuckerberg, le patron de Facebook. Deux points de vue intéressants et discordants, encore une fois utiles pour nourrir la réflexion sur ce sujet majeur, potentiellement annonciateur d’évolutions sociologiques importantes, avec des conséquences directes ou indirectes dans de nombreux domaines de la communication : voir Jean-Marc Manach sur InternetActu (« Vie privée : le point de vue des petits cons ») et la réponse d’Alexis Mons sur le blog de l’agence groupeReflect (« La vie privée n’est pas ce que l’on croit »).
5) Les résultats du premier « baromètre de la confiance politique » lancé par le Cevipof (Centre d’études de la vie politique française) de Sciences Po (lien direct pour télécharger les résultats en PDF). Voir aussi l’analyse du Monde (« 67% des Français n’ont plus confiance dans la politique ») et de Slate.fr (« Les Français dans l’ère de la défiance »). Là aussi, une mine pour penser la politique et sa communication !
6) Un incontournable : le baromètre annuel (depuis 1987 !) TNS Sofres/Logica de confiance dans les médias, publié par le quotidien La Croix : « Les Français et leurs médias, une confiance paradoxale ». Voir aussi ce résumé des principaux résultats, ce lien direct pour les télécharger en PDF et cet article complémentaire, « La télévision a de l’avenir ».
7) Enfin, je vous recommande vivement de courir dans un kiosque vous procurer le nouveau numéro de Manière de voir, le hors-série bimestriel du Monde diplomatique : « Internet, révolution culturelle ». En un seul mot : passionnant !!!


