Les régionales, Internet, la démocratie…
Au menu de cette veille de février et mars 2010 : la crise et l’opinion publique, le financement politique aux États-Unis, la communication des régionales, les médias sociaux, la tyrannie de la transparence, Internet contre la démocratie… Plus de 20 liens !
1) « La crise renforce les exigences et le pouvoir des opinions publiques » : dans ce point de vue publié par Le Monde, Pierre Giacometti et Alain Péron indiquent que la crise accentue une tendance amorcée depuis déjà plusieurs décennies, qui renforce l'influence des opinions sur la conduite des pouvoirs et de ses protagonistes. Ces opinions se caractérisent en outre désormais par leur caractère mosaïque, volatile, fragmenté et rebelle : la diversité de ces opinions nécessite de mettre en œuvre, selon les auteurs, une stratégie d’« intelligence d’opinions » et de concilier spécificité et cohérence, avec une parole qui ne peut plus être seulement verticale mais doit proposer des choix, des échanges, et susciter des actions.
2) « Financement politique US, la nouvelle donne » : dans cet article de Causeur.fr, Gil Mihaely revient sur une décision de la Cour suprême qui bouleverse les règles du financement de la politique américaine puisque les personnes morales, les entreprises pourront désormais se prévaloir de la liberté d’expression au même titre que les personnes physiques et exprimer leurs opinions politiques comme de simples citoyens ! Et pourquoi ne pas leur donner le droit de vote tant qu’on y est, franchement ! On n’imagine que trop bien comment les lobbies sauront se saisir de cette opportunité lors des prochaines campagnes électorales et les conséquences que cela aura du point de vue démocratique, d’autant que la Cour suprême ne fait pas le distinguo entre les médias et les autres corporations…
3) Régionales et réseaux sociaux : sur Pargatruk.fr, le blog d’Hervé Pargue, consultant en « stratégie digitale » pour les collectivités publiques et territoriales, de nombreux billets consacrés à l’étude de la stratégie web des candidats PS et UMP aux régionales. Voir en particulier ces « 12 conseils aux politiques présents sur Facebook » et ce billet récapitulatif. De son côté, Regards sur le numérique se penche sur cette campagne web dans un premier volet (on attend la suite !) consacré à la refonte récente, et plus orientée « contenus », des sites de l’UMP et du PS : « Internet et les régionales (1) : la révolution des contenus est-elle en marche ? » Le blog de la rédaction du Monde consacré aux régionales s’interroge quant à lui : « Les réseaux sociaux politiques sont-ils vraiment utiles ? », l’usage de Twitter se partageant par ailleurs « entre platitudes et invectives ». Pour élargir le champ de l’analyse, vous pouvez aussi vous reporter à cette enquête, réalisée en 2009 mais récemment publiée sur son blog, du journaliste indépendant Bruno Fay (« Politique 2.0 : la guerre du web ») et à ce phénomène bien connu (Internet permet facilement aux mouvements petits ou extrêmes d’avoir une visibilité et d’occuper le terrain) : « Les "cyberactivistes" d'extrême droite ont fait d'Internet leur nouveau terrain de jeu ». Enfin, toujours sur le site du Monde, puisque cette campagne des régionales 2010 ne s’est malheureusement pas caractérisée par sa bonne tenue (doux euphémisme pour dire qu’elle a plusieurs fois carrément versé dans le caniveau !), cet article historique et « méthodologique » : « Manuel de l’insulte à l’usage des politiques ». Au point où nous en sommes, mieux vaut effectivement le voir avec recul, humour et ironie…
4) Pour prendre de la hauteur (nous en avons bien besoin après ces régionales - c’est bon, je n’insiste pas davantage…), « Les réseaux sociaux, médias de demain » : le blog médias du Figaro revient sur cette étude du Pew Internet Research Center qui indique que 75% des consommateurs US d'information en ligne reçoivent aujourd’hui leur information par mail ou par des posts sur les réseaux sociaux. L’étude souligne également le rôle des contenus personnalisables et l’importance de la discussion (à 72 %) relative à l’actualité sur les réseaux sociaux : un constat à rapprocher de cet article du New York Times, repris cette semaine par Courrier International, selon lequel les audiences d’un certain nombre d’événements, la finale du Super Bowl par exemple, n’ont jamais été aussi élevées, notamment grâce au partage et à l’échange, la « communion », en direct sur Twitter et Facebook. Un phénomène évidemment détecté par les médias traditionnels qui comptent bien pouvoir s’appuyer sur cet effet « discussion autour de la machine à café » : « Grâce au Net, la télé retrouve le sourire ».
5) Puisque j’évoquais ci-dessus Courrier International, procurez-vous si vous en avez la possibilité son numéro 1008 (du 25 février au 3 mars 2010) avec un intéressant dossier de Une consacré à « La tyrannie de la transparence » (accessible en ligne uniquement pour les abonnés) : « Les politiques la promettent, les citoyens l’exigent, beaucoup d’internautes la revendiquent dans leurs rapports personnels. La transparence est devenue un idéal universel que l’on pare de toutes les vertus. Et, ces dernières années, de plus en plus de pays se sont dotés de lois en ce sens. De fait, la transparence permet souvent de limiter la corruption et d’améliorer les pratiques de l’État, comme le montre l’exemple de l’Inde. Mais elle ne règle pas tout, met en garde le juriste américain Lawrence Lessig, et peut même finir par saper la confiance dans la démocratie. »
6) J’ai déjà eu l’occasion de m’intéresser ici aux « digital natives », c’est-à-dire aux enfants de la Net génération (voir « Quelle politique pour les enfants du numérique ? »). Un contrepoint intéressant dans Libération de Jean-Noël Lafargue qui les voit davantage comme des « digital naives », plus passifs et moins bidouilleurs-hackers que leurs aînés : « Les jeunes ne sont plus intéressés par l’outil-ordi ».
7) Enfin, last but not least, mon coup de cœur du mois, le nouveau numéro de Books (une revue décidément passionnante !) : « Internet contre la démocratie ». Le dossier n’étant accessible en entier en ligne qu’aux abonnés (et c’est tant mieux car il faut soutenir ce jeune magazine : courez chez votre marchand de journaux, il vaut largement ses 5,9 € !), voyez la présentation du dossier par Olivier Postel-Vinay, fondateur et directeur de la publication, « Pour en finir avec le cyber-optimisme », son interview par Regards sur le numérique, « Le cyber-optimisme est une croyance naïve… », la réplique de Pierre Haski sur Rue 89, « Internet et la démocratie ? Books donne la victoire aux États autoritaires », écoutez le podcast de l’émission de France Culture qui lui est consacrée, « Place de la toile », et venez assister au débat à Sciences Po Paris mardi prochain, le 16 mars de 19h à 21h (l’entrée est libre, voir tous les renseignements pratiques sur la page d’accueil de Books), avec la participation de Fariba Adelkhah, Pierre Assouline, Olivier Bomsel, Pierre Haski, Marie Mendras, Thierry Vedel, Olivier Postel-Vinay… J’y serai !


