Damien Bégoc – Blog politique « Je ne m’occupe pas de politique. » C’est comme si vous disiez : « Je ne m’occupe pas de la vie. » (Jules Renard)

31oct/090

Le pouvoir des mots : rhétorique et discours

Un dossier intéressant d'une vingtaine de pages à signaler dans le numéro de novembre de Sciences Humaines : « L'art de convaincre, d'Aristote à Obama ».

L'article consacré à la rhétorique de Barack Obama n'est pas le plus convaincant sur le fond, mais il présente l'avantage d'être accessible gratuitement en ligne : « Obama et le pouvoir des mots ». Au contraire, malheureusement, de celui qui a particulièrement retenu mon attention et qui applique la méthode du fameux « carré sémiotique » à la comparaison des discours de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal : « Le " carré sémiotique " des discours politiques ».

En quelques mots : ce « carré » permet de comprendre la façon dont se construit le sens des discours, en fonction des grands principes qui les structurent. Les auteurs (Jean-Louis Missika, Denis Bertrand, Alexandre Dézé) démontrent en particulier comment Ségolène Royal privilégie le « vécu partagé » (ce qu'éprouvent subjectivement les personnes et qui est présent par empathie dans le discours) tandis que Nicolas Sarkozy articule ses discours autour d'un double pôle constitué de ce même « vécu partagé » et d'une « réalité analysée » (l'objectivation de la réalité dans et par un discours d'analyse)... A lire absolument si vous en avez la possibilité !

Beaucoup moins fouillé, cet article du Monde, « Le Web 2.0, nouvelle arme des politiques », distingue toutefois les deux philosophies a priori sensiblement différentes des sites sociaux et communautaires prochainement lancés par l'UMP et le PS. Selon Le Monde, celui de l'UMP, Lescreateursdepossibles.com, s'appuierait sur une logique « ascendante » (permettre à tout un chacun de créer des groupes de discussion sur les thèmes de son choix et de faire remonter des propositions) alors que celui du PS, LaCooPol.fr, s'inscrirait davantage dans une logique « organisationnelle » (faciliter la mise en réseau et le travail des sections et des militants). Voir en complément dans Le Monde l'interview de Benoît Thieulin dont la société (La Netscouade) a conçu le site du PS : « Le PS s'apprête à lancer son réseau social ».

11oct/090

Du slogan électoral au déclassement social

Un article de Nonfiction.fr à propos d'un texte de Robert Redeker et des slogans électoraux ainsi que le dossier du Monde sur le thème du déclassement m'ont particulièrement intéressé cette semaine et je souhaitais vous faire partager ces « bons liens ».

A partir d'une analyse de la formule d'Obama « Yes we can ! », le philosophe Robert Redeker invite dans ce livre chroniqué par Nonfiction.fr à une intéressante réflexion sur ce qu'est un slogan politique ou électoral : que signifie un slogan, à qui s'adresse-t-il, qui englobe-t-il, quel est son degré d'universalité, est-il rassembleur ou clivant, les liens avec la publicité commerciale ou la reprise par celle-ci de slogans fameux...

Même si Robert Redeker est très critique vis-à-vis de la formule d'Obama (« n'affirmant aucun contenu, vide de sens », consumériste, engendrée par les médias mondialisés...), son texte propose une mise en perspective (historique, philosophique, comparative) intéressante et qui peut être appliquée à la réflexion sur n'importe quel autre slogan. Ce « Yes we can, slogan électoral » est en outre très court (à peine 40 petites pages !) et très facile à lire, aucune raison donc de s'en priver, par exemple le temps d'un trajet en métro !

L'autre sujet de la semaine tourne autour de la parution (dans la collection de la République des idées dirigée par Pierre Rosanvallon) du livre d'Eric Maurin : « La Peur du déclassement, une sociologie des récessions ». Pour l'économiste, le déclassement ne touche réellement la société qu'à la marge, à l'inverse de la peur de déclassement, ressentie elle « par l'ensemble de la société, y compris par les classes moyennes et supérieures, celles qui ont le plus à perdre », cette peur qui paralyse la société et qui est à l'origine de ses blocages et de son incapacité à se réformer.

Le Monde y consacre un dossier complet, avec une interview d'Eric Maurin, les réactions de Laurence Parisot, François Chérèque, Xavier Bertrand, Manuel Valls, et surtout le compte rendu d'un chat avec le sociologue Louis Chauvel qui a un point de vue totalement différent : pour lui (comme pour d'autres auteurs tels que Camille Peugny ou Christian Baudelot), le déclassement social (qu'il soit par rapport à sa famille, à son parcours professionnel ou à son niveau de diplôme) est bel et bien une réalité et ne se limite pas, loin de là, à un simple phénomène psychologique (à voir aussi la page de réactions des lecteurs) !

Quelle que soit la position vis-à-vis de ce phénomène du déclassement, réel ou supposé, quelle que soit son ampleur, définir aujourd'hui un projet politique, par exemple pour 2012, implique nécessairement de s'y intéresser, de prendre en considération en particulier le malaise des classes moyennes, de réfléchir aux évolutions de la société, de trouver un modèle ou un équilibre entre, d'un côté, protection des statuts, de l'autre, accompagnement des individus et des parcours.

A mon sens, il s'agit d'un vrai sujet de société, dépassant assez largement les clivages droite-gauche habituels, c'est un thème dont j'ai d'ailleurs l'intuition depuis pas mal de temps (des mois voire des années), j'y reviendrai donc sûrement...

Finalement, je me rends compte que ces deux sujets de la semaine reflètent bien mes centres d'intérêt : d'une part, la forme (non dénuée de fond), d'autre part, le fond en lui-même... Je préfère nettement cela à certaines polémiques odieuses et nauséabondes !

23sept/090

Authenticité et politique, selon Alastair Campbell

Un point de vue assez intéressant d'Alastair Campbell, l'ancien « spin doctor » de Tony Blair (autrement dit son ancien directeur de la communication et de la stratégie) est paru ce lundi 21 septembre dans la nouvelle formule du Figaro : « L'authenticité, clé de voûte de la communication politique ». En comparant la trajectoire de cinq dirigeants (Angela Merkel, Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy, Gordon Brown, Barack Obama), il en déduit, d'une part, que cette authenticité est une caractéristique commune de leurs victoires, d'autre part, que l'abandon de celle-ci peut expliquer certains de leurs revers dans l'opinion.

A signaler, au passage, une magnifique citation de Mario Cuomo, un ancien gouverneur de New-York : « Nous faisons campagne en vers, mais nous gouvernons en prose. » Elle pourrait figurer dans mon dictionnaire !

Puisque l'article n'est pas en ligne, l'essentiel en cinq points :

1) Même si Angela Merkel constitue d'une certaine manière, selon Alastair Campbell, « l'antithèse de ce que le public attend d'un candidat moderne » (« Elle donne l'image de quelqu'un d'austère et d'effacé, sa campagne est terne, elle n'a pas le charisme de Barack Obama ou le dynamisme de Nicolas Sarkozy, elle dépense certainement moins en cosmétiques capillaires et en maquillage que Silvio Berlusconi... »), elle sera réélue chancelier allemand dimanche prochain tout simplement parce que les électeurs auront perçu qu'elle est authentique.

2) Notre époque se caractérise par un certain nombre de problématiques communes à tous les chefs de gouvernement selon Alastair Campbell :
- l'opinion publique est moins spontanément respectueuse de l'autorité,
- l'apparence et la célébrité dominent notre culture,
- avec l'explosion médiatique des deux dernières décennies, l'homme politique moderne est, plus qu'il ne l'a jamais été, examiné sous toutes les coutures,
- d'un côté les politiques et les partis ont été contraints de revoir leurs techniques de gestion des médias, de l'autre le grand public est bien davantage au fait de ces mécanismes,
- les possibilités infinies offertes par Internet et les réseaux sociaux bouleversent le rapport des citoyens à la politique.
Par conséquent, « le contrôle d'un message étant moins simple, il est d'autant plus crucial que celui-ci soit clair ».

3) Ainsi, toujours selon Alastair Campbell, si l'épisode controversé de la visite de Nicolas Sarkozy dans une usine et des « personnes de petite taille » photographiées à ses côtés a eu un tel retentissement en Angleterre (comparable à son élection ou à son mariage, dit-il !), c'est « parce qu'il s'agit d'un processus fascinant - que les médias adorent - qui touche au cœur de l'authenticité, ce que le grand public sent rapidement ». De même, puisqu'« une démarche d'authenticité se réfère également à une stratégie plus large », si les annonces relatives à la taxe carbone ont suscité autant de rejet que de soutien, c'est selon lui parce qu'elles ne semblaient pas correspondre à ce que le peuple attendait : « Le terrain n'avait pas été préparé, et cette loi n'a donc pas été perçue comme étant issue d'une stratégie plus large. C'est ce qui a conduit les gens à s'interroger sur ses motivations profondes et à prétendre que tout cela n'était que gesticulations visant à préparer le sommet de Copenhague ou à n'y voir que des manœuvres visant à réduire la dette. »

4) Alastair Campbell prend également en exemple le peuple appréciant de voir Gordon Brown s'attaquer à bras-le-corps à des questions cruciales comme la crise financière mais réagissant négativement lorsqu'il cherche à sortir de l'image d'« Ecossais austère » qui colle à sa réputation. [On peut établir un parallèle analytique avec la réaction des Français face au Fouquet's, au yacht de Bolloré, à la période « bling-bling », aux dérapages verbaux... : cela ne correspondait pas à l'« authenticité » attendue de la part d'un président de la République, voir l'article de Sylvie Pierre-Brossolette dans Le Point de la semaine dernière - l'article n'est pas en ligne non plus, décidément...] Ou bien encore l'exemple de Barack Obama commençant à reprendre la main sur le projet de réforme du système de santé grâce à son discours devant le Congrès : les citoyens y ont vu le « vrai Obama, avec tout son art politique et oratoire, armé de réels arguments, pourvu d'un sens de la passion, de sa mission, et prêt à combattre de nouveau ». Cela a bien fonctionné parce que cela a rappelé aux citoyens pourquoi ils l'avaient élu. « Même si c'était attendu, c'était frais et puissant, c'était authentique. »

5) En conclusion, que retenir sur le fond de ce point de vue d'Alistair Campbell ? A mon sens, ces deux passages en particulier :

- « Le premier pas - et le plus important - sur la voie de l'authenticité est d'incarner qui on est et ce qu'on est. Ce qui ne revient pas à nier la nécessité de prendre soin de son image, du choix des mots, des photos, des tenues vestimentaires et des médias, à ignorer le soutien des camarades d'un tiers parti ou les attaques des adversaires. Mais tous doivent se référer à une réalité stratégique de base. »

- « Personne n'est en mesure de conduire son pays sans être doté de qualités hors du commun. Les cinq leaders évoqués sont tous différents, chacun possédant son propre style, sa personnalité, ses forces et faiblesses. Mais la prose du gouvernement est une tâche encore plus ardue que la poésie des campagnes électorales. Accéder au sommet est assez difficile. S'y maintenir, de nos jours, se révèle une tâche encore plus ardue. [...] La seule ligne de conduite valable est l'honnêteté avec soi-même. »

Truismes ? Je suis assez d'accord, mais je crois qu'il est toujours bon de revenir à certains fondamentaux...

1sept/090

« Communiquer ne suffit pas »

A propos de la communication de Barack Obama, un article intéressant à signaler cette semaine dans Courrier International (n° 982 du 27 août au 2 septembre 2009), repris de l'hebdomadaire américain New York Magazine : « Communiquer ne suffit pas » (l'article n'est disponible en ligne que pour les abonnés).

La journaliste, Jennifer Senior, y revient sur les critiques qui se font jour vis-à-vis du président américain qui « semble travailler autant dans l'information que dans la politique » : « Omniprésent dans les médias, Obama a fait de l'hypercommunication sa marque de fabrique » mais cette « quasi-saturation médiatique lui vaut pas mal de critiques » tant de la part de ses partisans que de ses détracteurs. Les uns redoutent que cette surexposition « galvaude sa parole, érode son aura et, pis encore, dégage des accents de désespoir » ; les autres l'accusent d'inaction et de préférer les grands discours, qui peuvent en outre finir par lasser, aux actes. Pour autant, l'opinion conserve un appétit insatiable pour tout ce qui concerne Obama, « du plus trivial au plus sérieux ».

Pour la journaliste américaine, Obama est « le premier président à avoir saisi toutes les possibilités offertes par un paysage marqué par l'hyperrapidité, l'hyperdensité et l'hypervariété », grâce en particulier à l'utilisation raisonnée, méthodique et multisupport d'Internet qui offre un espace illimité à la communication politique tant en volume qu'en temporel.

Sur le fond, « le message n'est plus seulement un moyen, c'est une fin en soi » : selon Jennifer Senior, cet hyperactivisme médiatique et ce goût des grands discours peuvent s'expliquer par la volonté du président américain de « changer les mentalités autant que le système politique », de redéfinir certaines des valeurs américaines (voir, par exemple, les débats autour de l'assurance santé), avec la conscience qu'il s'agit de processus lents, qui se font pas à pas (pour établir un parallèle, on peut penser au temps, c'est-à-dire à la maturité, qu'il a fallu en France pour réformer le système de retraite et faire globalement accepter cette évolution par l'opinion).

Bien sûr, cet article du New York Magazine n'est pas sans rappeler les reproches qui sont régulièrement adressés par l'opposition à Nicolas Sarkozy et à son hyperactivité communicationnelle : de part et d'autre de l'Atlantique, mêmes causes, mêmes effets ? Pour Dominique Wolton, récemment interrogé par le Monde (daté du 22 août, à propos de la fameuse visite de Luc Chatel dans un supermarché, avec de fausses clientes qui auraient été commanditées par la chaîne de distribution...), « notre société vante l'hypermédiatisation alors même que le capital d'un politique s'érode à l'usage et ne se reconstruit que très difficilement » : certes mais, tout souhaitable qu'il paraisse, le retour à un certaine sobriété médiatique est-il seulement possible ? A mon sens, oui, il y a là une voie intéressante à explorer et, j'en suis convaincu, qui serait fort appréciée des électeurs. J'y reviendrai.

NB1 : voir aussi, dans le même numéro du Monde et sur le même sujet, le point de vue complémentaire de Roger-Gérard Schwartzenberg.

NB2 : pour le plaisir, une définition intéressante de Dominique Wolton, toujours dans le Monde : « La communication politique - qui est un art difficile - respecte trois logiques souvent contradictoires : le discours de l'acteur politique, le rôle des médias et la réception par l'opinion. » La communication politique, un art difficile ? Oui, bien sûr ! D'où l'intérêt (la nécessité !) de recourir à des professionnels... ;-))

NB3 : rien à voir avec ce qui précède, mais à lire également cette semaine un article intéressant dans le Point sur les « plumes » des hommes politiques. Je n'ai pas réussi à retrouver en ligne l'article, juste la dépêche AFP initiale qui l'a probablement suscité... Qu'à cela ne tienne, si ce sujet vous intéresse, lisez la tout aussi intéressante - si ce n'est davantage - enquête de Bruno Fay !

22août/092

Quelle politique pour les enfants du numérique ?

J’ai bien apprécié le numéro spécial juillet-août de Books (il ne faut pas s’arrêter au titre provocateur ou marketing du dossier, « Internet rend-il encore plus bête ? »), consacré aux mutations culturelles induites par Internet et les technologies qui l’entourent.

Un article a particulièrement retenu mon attention, celui consacré au livre du sociologue canadien Don Tapscott, « Enfants de l’ère numérique. Comment la Net génération change votre monde » (« Grown Up Digital. How the Net Generation is Changing Your World », MacGraw-Hill, 2008 - le livre n’a pas encore été publié en français mais on peut le trouver en anglais sur Amazon.fr par exemple). A l’issue de son enquête, il dresse les 8 règles qui caractérisent, selon lui, la plupart des membres de la Net génération, c’est-à-dire schématiquement ceux qui ont aujourd’hui jusqu’à 30 ans environ (appelés aussi parfois les « Digital Natives ») :

1) ils attachent du prix à la liberté,
2) ils veulent des produits personnalisés,
3) ils adorent le travail en commun,
4) ils examinent tout minutieusement,
5) ils tiennent à la probité des institutions et des entreprises,
6) ils veulent s’amuser, même à l’école ou au travail,
7) ils pensent que la vitesse est normale en tout,
8) et ils considèrent que l’innovation permanente fait partie de la vie.

Pour ces enfants de l’ère numérique, « plus malins, plus rapides et plus ouverts à la diversité que leurs prédécesseurs », quelles seront les conséquences dans le champ politique de ces évolutions sociologiques et comportementales ? Quelles adaptations de l’offre politique seront nécessaires pour répondre à leurs besoins, à leurs attentes ? Comment, du point de vue de la communication politique, s’adresser à eux avec pertinence et efficacité ? Je n’ai pas de réponse immédiate, pas plus que de réponses toutes faites, mais il me semble que cela ouvre un champ de réflexion intéressant et passionnant ! A tout le moins, qu’il ne faut pas ignorer… Et vous, qu’en pensez-vous ?

26déc/070

L’urgence environnementale : pour tout savoir

Je ne partage pas - c'est le moins que l'on puisse dire ! - les orientations du Monde diplomatique mais je sais néanmoins reconnaître la qualité d'un travail journalistique, surtout lorsqu'il met entre parenthèses ses a priori idéologiques pour privilégier la pédagogie : j'ai donc lu avec beaucoup d'intérêt ce hors-série, l'Atlas environnement.

A mes yeux, une référence qui peut participer utilement elle aussi à notre (ma) prise de conscience de ce formidable défi (humain, technologique, économique...) pour le 21e siècle, au même titre que le film d'Al Gore l'année dernière ou le Grenelle de l'environnement cet automne...

Car, au final, c'est bien de la survie à terme de notre planète et de l'espèce humaine dont il est question ! Mais, éternel optimiste, je fais confiance à l'adaptabilité de l'homme et plus encore à sa créativité et à son inventivité, le dernier exemple en date étant le premier vol de cet avion électrique il y a quelques jours...

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