Les régionales, Internet, la démocratie…
Au menu de cette veille de février et mars 2010 : la crise et l’opinion publique, le financement politique aux États-Unis, la communication des régionales, les médias sociaux, la tyrannie de la transparence, Internet contre la démocratie… Plus de 20 liens !
1) « La crise renforce les exigences et le pouvoir des opinions publiques » : dans ce point de vue publié par Le Monde, Pierre Giacometti et Alain Péron indiquent que la crise accentue une tendance amorcée depuis déjà plusieurs décennies, qui renforce l'influence des opinions sur la conduite des pouvoirs et de ses protagonistes. Ces opinions se caractérisent en outre désormais par leur caractère mosaïque, volatile, fragmenté et rebelle : la diversité de ces opinions nécessite de mettre en œuvre, selon les auteurs, une stratégie d’« intelligence d’opinions » et de concilier spécificité et cohérence, avec une parole qui ne peut plus être seulement verticale mais doit proposer des choix, des échanges, et susciter des actions.
2) « Financement politique US, la nouvelle donne » : dans cet article de Causeur.fr, Gil Mihaely revient sur une décision de la Cour suprême qui bouleverse les règles du financement de la politique américaine puisque les personnes morales, les entreprises pourront désormais se prévaloir de la liberté d’expression au même titre que les personnes physiques et exprimer leurs opinions politiques comme de simples citoyens ! Et pourquoi ne pas leur donner le droit de vote tant qu’on y est, franchement ! On n’imagine que trop bien comment les lobbies sauront se saisir de cette opportunité lors des prochaines campagnes électorales et les conséquences que cela aura du point de vue démocratique, d’autant que la Cour suprême ne fait pas le distinguo entre les médias et les autres corporations…
3) Régionales et réseaux sociaux : sur Pargatruk.fr, le blog d’Hervé Pargue, consultant en « stratégie digitale » pour les collectivités publiques et territoriales, de nombreux billets consacrés à l’étude de la stratégie web des candidats PS et UMP aux régionales. Voir en particulier ces « 12 conseils aux politiques présents sur Facebook » et ce billet récapitulatif. De son côté, Regards sur le numérique se penche sur cette campagne web dans un premier volet (on attend la suite !) consacré à la refonte récente, et plus orientée « contenus », des sites de l’UMP et du PS : « Internet et les régionales (1) : la révolution des contenus est-elle en marche ? » Le blog de la rédaction du Monde consacré aux régionales s’interroge quant à lui : « Les réseaux sociaux politiques sont-ils vraiment utiles ? », l’usage de Twitter se partageant par ailleurs « entre platitudes et invectives ». Pour élargir le champ de l’analyse, vous pouvez aussi vous reporter à cette enquête, réalisée en 2009 mais récemment publiée sur son blog, du journaliste indépendant Bruno Fay (« Politique 2.0 : la guerre du web ») et à ce phénomène bien connu (Internet permet facilement aux mouvements petits ou extrêmes d’avoir une visibilité et d’occuper le terrain) : « Les "cyberactivistes" d'extrême droite ont fait d'Internet leur nouveau terrain de jeu ». Enfin, toujours sur le site du Monde, puisque cette campagne des régionales 2010 ne s’est malheureusement pas caractérisée par sa bonne tenue (doux euphémisme pour dire qu’elle a plusieurs fois carrément versé dans le caniveau !), cet article historique et « méthodologique » : « Manuel de l’insulte à l’usage des politiques ». Au point où nous en sommes, mieux vaut effectivement le voir avec recul, humour et ironie…
4) Pour prendre de la hauteur (nous en avons bien besoin après ces régionales - c’est bon, je n’insiste pas davantage…), « Les réseaux sociaux, médias de demain » : le blog médias du Figaro revient sur cette étude du Pew Internet Research Center qui indique que 75% des consommateurs US d'information en ligne reçoivent aujourd’hui leur information par mail ou par des posts sur les réseaux sociaux. L’étude souligne également le rôle des contenus personnalisables et l’importance de la discussion (à 72 %) relative à l’actualité sur les réseaux sociaux : un constat à rapprocher de cet article du New York Times, repris cette semaine par Courrier International, selon lequel les audiences d’un certain nombre d’événements, la finale du Super Bowl par exemple, n’ont jamais été aussi élevées, notamment grâce au partage et à l’échange, la « communion », en direct sur Twitter et Facebook. Un phénomène évidemment détecté par les médias traditionnels qui comptent bien pouvoir s’appuyer sur cet effet « discussion autour de la machine à café » : « Grâce au Net, la télé retrouve le sourire ».
5) Puisque j’évoquais ci-dessus Courrier International, procurez-vous si vous en avez la possibilité son numéro 1008 (du 25 février au 3 mars 2010) avec un intéressant dossier de Une consacré à « La tyrannie de la transparence » (accessible en ligne uniquement pour les abonnés) : « Les politiques la promettent, les citoyens l’exigent, beaucoup d’internautes la revendiquent dans leurs rapports personnels. La transparence est devenue un idéal universel que l’on pare de toutes les vertus. Et, ces dernières années, de plus en plus de pays se sont dotés de lois en ce sens. De fait, la transparence permet souvent de limiter la corruption et d’améliorer les pratiques de l’État, comme le montre l’exemple de l’Inde. Mais elle ne règle pas tout, met en garde le juriste américain Lawrence Lessig, et peut même finir par saper la confiance dans la démocratie. »
6) J’ai déjà eu l’occasion de m’intéresser ici aux « digital natives », c’est-à-dire aux enfants de la Net génération (voir « Quelle politique pour les enfants du numérique ? »). Un contrepoint intéressant dans Libération de Jean-Noël Lafargue qui les voit davantage comme des « digital naives », plus passifs et moins bidouilleurs-hackers que leurs aînés : « Les jeunes ne sont plus intéressés par l’outil-ordi ».
7) Enfin, last but not least, mon coup de cœur du mois, le nouveau numéro de Books (une revue décidément passionnante !) : « Internet contre la démocratie ». Le dossier n’étant accessible en entier en ligne qu’aux abonnés (et c’est tant mieux car il faut soutenir ce jeune magazine : courez chez votre marchand de journaux, il vaut largement ses 5,9 € !), voyez la présentation du dossier par Olivier Postel-Vinay, fondateur et directeur de la publication, « Pour en finir avec le cyber-optimisme », son interview par Regards sur le numérique, « Le cyber-optimisme est une croyance naïve… », la réplique de Pierre Haski sur Rue 89, « Internet et la démocratie ? Books donne la victoire aux États autoritaires », écoutez le podcast de l’émission de France Culture qui lui est consacrée, « Place de la toile », et venez assister au débat à Sciences Po Paris mardi prochain, le 16 mars de 19h à 21h (l’entrée est libre, voir tous les renseignements pratiques sur la page d’accueil de Books), avec la participation de Fariba Adelkhah, Pierre Assouline, Olivier Bomsel, Pierre Haski, Marie Mendras, Thierry Vedel, Olivier Postel-Vinay… J’y serai !
Halte au feu ! L’unité plutôt que l’indignité
Six exemples : Frédéric Mitterrand, minarets suisses, Bernard-Henri Lévy, Ali Soumaré, Ilham Moussaïd, Quick… Et j’en passe ! De dérapages en amalgames, de controverses en stigmatisations, de lynchages médiatiques en défouloirs racistes, le débat public a viré ces derniers mois au festival d’indignité, libérant une parole populiste et de bas instincts dont les remugles particulièrement nauséabonds n’honorent pas notre pays.
Parmi les exemples cités, il est à noter que le Front national est, au moins à deux reprises, à l’origine des polémiques, surenchérisseur dans les autres cas, et il est permis de se demander si sa faculté à influencer ainsi l’agenda médiatique et politique ne signe pas la victoire d’une certaine forme de « lepénisation » des esprits…
Bien sûr, tout cela s’est joué sur fond de débat sur l’identité nationale. Celui-ci, si intéressant soit-il d’un point de vue historique, théorique ou intellectuel, ne pouvait que produire de la confusion et de la division tant il est apparu inopportun, mal lancé et mal mené, tant il s’est focalisé sur l’immigration et sur l’islam. Éric Besson lui-même a fini par reconnaître qu’il aurait fallu procéder autrement.
Il me paraît tout à fait significatif que cinq anciens Premiers ministres au moins, de gauche et de droite (Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin, Michel Rocard, Lionel Jospin), aient exprimé leurs réserves vis-à-vis de ce débat. Ils l’ont fait, et bien d’autres encore, mieux que je ne le ferais, je n’y reviendrai donc que pour souligner à quel point une identité est, par nature, personnelle, individuelle, intime, multiple même dans ses composantes, évolutive, et qu’elle ne peut en aucun cas constituer un horizon commun, unique, identique pour une société. Sauf à vouloir exclure tel ou telle, parce que différent(e) d’une norme, d’une moyenne, d’une tradition, en vertu de critères qui seraient dès lors arbitraires et infondés, donc illégitimes et profondément contestables.
Si, et c’est une première dimension, je me définis comme Breton, Parisien, Français et Européen, en quoi puis-je m’affirmer Français identiquement ou différemment de mon voisin qui se définit lui comme Corse ou Bordelais ? De cet ami qui a au moins un de ses grands-parents issu de l’immigration, comme c’est le cas aujourd’hui d’un Français sur trois ou quatre ? Si j’ai beaucoup voyagé, si j’ai vécu ou travaillé à l’étranger ; si je m’affirme, par exemple, hétérosexuel, homosexuel ou bisexuel ; catholique, juif, musulman, bouddhiste, libre penseur ou franc-maçon ; autodidacte ou surdiplômé ; et ainsi de suite, cela ne constitue-t-il pas d’autres dimensions tout aussi importantes qui déterminent une identité qui m’est propre et mon appréhension de celle-ci ? Ajoutons en outre que je suis dans l’incapacité de définir ce qui pourrait me distinguer fondamentalement d’un Anglais, d’un Espagnol, d’un Italien, d’un Allemand… et que nous nous retrouverons pourtant sur des valeurs essentielles telles que la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité, la solidarité…
A l’instar de Claude Askolovitch aujourd’hui dans son éditorial du Journal du dimanche, je dis donc sur tous ces sujets, sur tous ces débats nauséabonds qui mettent à mal notre pacte républicain : pyromanes, halte au feu ! Revenons à la raison, retrouvons ce qui est unique, comme le terme l’indique, c’est-à-dire l’unité, l’unité nationale, le désir de vivre ensemble, de construire un destin et un avenir en commun.
Et nous en aurons grandement besoin ! Qu’il s’agisse par exemple de la maîtrise des déficits publics, de la pérennité du financement de nos retraites ou, en élargissant le spectre, de la régulation financière internationale, de la recherche de nouvelles formes de croissance, de l’urgence écologique (que je ne limite donc pas à l’urgence climatique), du formidable défi démographique, probablement l’un des plus grands défis jamais affrontés par l’espèce humaine, nous aurons sur tous ces sujets, face aux immenses changements économiques, culturels, comportementaux à venir, besoin, nécessité, obligation de nous serrer les coudes. Dans une société apaisée, rassemblée et solidaire. Dans une société ouverte aux débats dépassionnés, respectueuse de l’autre, de ses différences, et permettant de définir, tous ensemble, un véritable projet.
Pour que mon propos ne reste pas que théorique, deux illustrations. L’une relativement consensuelle : après le « travailler moins » du PS et le « travailler plus » de l’UMP, qui ont montré tous deux leurs limites, n’est-il pas temps de réfléchir au « travailler mieux » ? L’autre plus polémique : que constate-t-on avec dix ans de recul sur le PACS ? Qu’il concerne aujourd’hui à 95% des couples hétérosexuels et n’a en aucune façon mis en péril le mariage, mais bien au contraire qu’il a répondu de façon manifeste, les chiffres parlent d’eux-mêmes, à une demande sociale latente de sécurité et de formalisation symbolique de nouvelles formes d’union, quelle que soit l’orientation sexuelle des personnes concernées. Était-il donc nécessaire à l’époque de recourir à des slogans tels que « les PD au bûcher » ou de brandir sa Bible dans l’hémicycle ? Assurément non ! Et aujourd’hui, ne conviendrait-il pas d’aborder des sujets proches avec un peu plus d’humilité et d’ouverture d’esprit ? Assurément oui !
Je suis convaincu que se trouve là aussi une solution à la défiance des Français vis-à-vis des politiques et au constat, souligné ce week-end par le médiateur de la République dans son interview au Monde, d’une société émiettée, inquiète, en tension et sans espérance collective.
Bien plus, j’en ai l’intuition depuis quelques mois, je suis donc ravi que Jean-Paul Delevoye partage cette idée : la question du vivre ensemble, la construction de ce nouveau projet de société, cette politique du mieux vivre et du mieux vivre ensemble pourraient constituer un formidable thème, un formidable horizon pour la campagne présidentielle de 2012 !
Communication : incontournables de janvier 2010
Cela devient une tradition sur ce blog ! Avant une série de textes plus politiques dans les prochaines semaines, une nouvelle revue de web de différents thèmes de fond liés à la communication politique au sens large. Pour cette sélection de janvier 2010, 7 sujets et 25 liens : que du lourd pour « penser la politique » d’aujourd’hui et de demain !
1) Philippe Séguin, grand homme politique, gaulliste social aux fortes convictions avec une haute vision de la politique et de l’État, était aussi un grand communicant et un excellent orateur. Dans cet article du Monde, le chercheur et sociologue Philippe Riutort revient sur sa maîtrise du discours, due tant à sa sincérité (il écrivait lui-même ses discours) qu’à sa culture historique et à sa parfaite connaissance de la langue : « Séguin le communicant ou la parfaite maîtrise des codes de la rhétorique ». Dans le même ordre d’idée, Roselyne Bachelot révéla sur Europe 1, à l’occasion de sa disparition, son rôle dans l’écriture de son fameux discours sur le Pacs en novembre 1998, comme le relate Rue 89 : « Séguin, co-auteur du discours de Bachelot sur le Pacs »…
2) Pour en finir sur le thème de la philosophie différente des réseaux sociaux lancés récemment par l’UMP et le PS - sujet déjà abordé dans mes précédents billets - deux liens complémentaires. D’une part, l’analyse de Nicolas Vanbremeersch (bien connu dans la blogosphère politique) qui présente l’avantage de prendre un peu de hauteur vis-à-vis de ce phénomène : « Réseaux sociaux politiques : quelques remarques ». D’autre part, un article du Monde qui constitue un bon résumé des convergences et divergences d’approche entre Les Créateurs de possibles (UMP) et La Coopol (PS) : « UMP, PS : deux réseaux sociaux, deux philosophies différentes ».
3) D’un côté, grand lecteur, me considérant comme généralement très bien informé, de l’autre, citoyen responsable, désormais vacciné depuis quelques jours (dès que j’ai reçu le bon ad hoc), et par ailleurs communicant de profession, j’estime objectivement que Roselyne Bachelot a globalement fait, à chaque moment, ce qu’il fallait pour lutter contre la grippe A, en fonction de l’évolution de la situation et des connaissances scientifiques et épidémiologiques, elles-mêmes fort évolutives au cours des derniers mois. En ce sens, je pense que la commission d’enquête parlementaire ne sera pas, in fine, une mauvaise chose : elle permettra de reconnaître le bien fondé des décisions de la ministre de la Santé et d’en tirer des enseignements utiles pour l’avenir. Du point de vue de la communication publique et politique, il y aura aussi beaucoup de choses à retirer de cet épisode : pourquoi les Français, et les Européens d’une manière générale (à l’exception notable des Suédois), ont-ils été si réticents à se faire vacciner ; comment les médias ont-ils traité ce sujet ; quel rôle a joué la « contre-communication » sur Internet ; le principe de précaution est-il opérant dans les faits ou n’est-il destiné qu’à rester un concept théorique, confortable pour l’esprit parce que rassurant ; comment communiquer sur un sujet à la fois complexe, scientifique, incertain, mouvant, de surcroît dans une société de défiance où toute parole publique est d’emblée sujette à caution de la part des citoyens… Je suis convaincu qu’il y a là un vaste champ d’analyse pour les chercheurs et étudiants en communication ! D’autant que nous nous situons aux confluents de diverses disciplines, avec des composantes sociologiques, anthropologiques, philosophiques… Une sélection d’articles pour éclairer et élargir la réflexion :
- en introduction, un éditorial du Monde : « Le doute A(H1N1) »,
- une interview de l’anthropologue Frédéric Keck (Le Monde) : « Lutte anti-grippe A : "Un échec du catastrophisme" »,
- une interview de François Ewald, philosophe du risque (Le Monde) : « Le principe de précaution oblige à exagérer la menace »,
- un point de vue d’Éric Le Boucher (Slate.fr) : « La société française refuse le risque »,
- celui de Thomas Legrand (Slate.fr) : « Critiquer Roselyne Bachelot est trop facile »,
- enfin, une tribune très intéressante de Thierry Saussez, le directeur du Service d’information du gouvernement (SIG), publiée dans Le Monde : « Gestion de crise et communication ».
4) Un débat qui agite la blogosphère ces dernières semaines sur la fin réelle ou supposée de la vie privée, à la suite notamment de déclarations de Marc Zuckerberg, le patron de Facebook. Deux points de vue intéressants et discordants, encore une fois utiles pour nourrir la réflexion sur ce sujet majeur, potentiellement annonciateur d’évolutions sociologiques importantes, avec des conséquences directes ou indirectes dans de nombreux domaines de la communication : voir Jean-Marc Manach sur InternetActu (« Vie privée : le point de vue des petits cons ») et la réponse d’Alexis Mons sur le blog de l’agence groupeReflect (« La vie privée n’est pas ce que l’on croit »).
5) Les résultats du premier « baromètre de la confiance politique » lancé par le Cevipof (Centre d’études de la vie politique française) de Sciences Po (lien direct pour télécharger les résultats en PDF). Voir aussi l’analyse du Monde (« 67% des Français n’ont plus confiance dans la politique ») et de Slate.fr (« Les Français dans l’ère de la défiance »). Là aussi, une mine pour penser la politique et sa communication !
6) Un incontournable : le baromètre annuel (depuis 1987 !) TNS Sofres/Logica de confiance dans les médias, publié par le quotidien La Croix : « Les Français et leurs médias, une confiance paradoxale ». Voir aussi ce résumé des principaux résultats, ce lien direct pour les télécharger en PDF et cet article complémentaire, « La télévision a de l’avenir ».
7) Enfin, je vous recommande vivement de courir dans un kiosque vous procurer le nouveau numéro de Manière de voir, le hors-série bimestriel du Monde diplomatique : « Internet, révolution culturelle ». En un seul mot : passionnant !!!
Communication politique 2.0 (et plus)
Une dernière fournée pour 2009 de liens relatifs à la communication, en particulier politique bien sûr. Pêle-mêle, du plus ancien au plus récent, 8 articles ou dossiers intéressants (y compris la critique d’un film satirique !) publiés en novembre et décembre.
1) « Gare au tout info ! » : un article de Nonfiction.fr à propos du dernier livre de Dominique Wolton, « Informer n’est pas communiquer ».
- « Dominique Wolton affirme la primauté de la communication, " plus complexe " que l’information. Pourquoi ? Parce qu’elle porte en elle la relation à l’Autre tandis que l’information existe en soi. »
- « C’est bien l’information qui est à reconsidérer. »
- « Dans sa leçon donnée aux acteurs de l’information, il invite ces derniers à revenir vers la connaissance, plus que jamais indispensable pour faire face à la profusion d’informations et pour ne pas buter sur " l’incommunication ". »
2) « Les politiques exposés au risque d'Internet » : une analyse de Xavier Ternisien dans Le Monde.
- « Aux politiques de mettre en accord les discours et les actes, la parole publique et la parole privée, insiste Arnaud Dassier, directeur de l'agence L'enchanteur des nouveaux médias. Je trouve plutôt positif qu'Internet oblige à une plus grande cohérence. »
3) Le film « In the Loop » d' Armando Iannucci, toujours à l’affiche dans une trentaine de salles en France (sinon bientôt en DVD).
- Une satire cynique et très drôle de la politique anglaise et des « spin doctors » à l’époque de Tony Blair et d’Alastair Campbell, sur fond de déclenchement de la guerre en Irak.
- Voir en particulier l’interview du réalisateur sur le site du Figaro : « La politique anglaise au vitriol ».
- Ainsi que quelques critiques plutôt élogieuses : « le film le plus hilarant de l'année, voire de la décennie » pour Les Echos, « une satire politique désenchantée » pour Rue89, « une farce dans l'univers politique anglais » pour l’Express, « jubilatoire » pour Le Parisien, « les dessous risibles de la guerre en Irak » pour Le Monde…
4) « Réinventer la démocratie à l’heure des réseaux et de la transparence » sur Internetactu.net.
- « La première édition du Personal Democracy Forum Europe qui s’est tenu à Barcelone les 20 et 21 novembre 2009 a été l'occasion d'explorer plusieurs manières de " hacker " et réinventer la politique. Tour d'horizon de trois pistes évoquées : développer des outils de masse pour tout un chacun, favoriser l’auto-organisation, les vertus de la transparence. »
5) « Aujourd’hui, un homme public est public tout le temps », une interview de Benoît Thieulin, directeur de l’agence Netscouade et spécialiste du Web politique dans Le Parisien.
6) « Les réseaux sociaux entrent en politique », un article de L’Express autour du lancement de sites participatifs par les grands partis politiques.
7) « Aux yeux du monde : mobile, Iran et vidéo » sur le site de la Fondation pour l’innovation politique.
- « Six mois après les élections iraniennes et les mouvements de protestation qui ont suivi, Laurence Allard et Olivier Blondeau reviennent sur l'utilisation du mobile et de la vidéo sur Internet dans la mobilisation et la médiatisation de ces événements. » Plus que jamais d'actualité !
8) Enfin, « Le temps de l’hypercitoyen », un dossier publié par Regards sur le numérique (revue « de société » éditée par Microsoft France).
- 6 articles dont notamment une interview d’un pionnier de l’e-démocratie, Howard Dean, président du parti démocrate américain de 2005 à 2009, et à ce double titre l’un des artisans de la victoire de Barack Obama en 2008.
Rama Yade, toujours préférée des Français
Rama Yade demeure la personnalité politique préférée des Français dans la nouvelle édition du baromètre mensuel du Point, hebdomadaire qui lui avait d’ailleurs de nouveau consacré sa Une il y a une quinzaine de jours (de nouveau, car cela était déjà arrivé au moins une fois auparavant). Cote de popularité d’autant plus « insolente » lorsqu’on la compare à celles du président de la République et du Premier ministre, qui continuent elles de descendre dans les abîmes…
Certes, Rama Yade est « jeune », elle est « belle », elle est « intelligente », tout cela est incontestable, mais je ne pense pas que cela suffise à expliquer sa popularité, et encore moins à faire sens politiquement. De la même façon, je ne pense pas que son « bilan » soit déterminant pour le moment, et c’est bien normal : d’une part, parce qu’au secrétariat d’État aux Droits de l’homme, il s’agissait surtout d’un « ministère de la parole », d’autre part, parce qu’au secrétariat d’État aux Sports, sa nomination est trop récente. Notez bien que je ne dis pas que ce bilan est inexistant ou inconsistant - bien au contraire certaines de ses actions internationales ont été marquantes et courageuses - mais je considère que dresser un bilan de son action est prématuré après seulement deux années et que ce n’est pas lui qui peut expliquer cette popularité record.
Alors ? Alors, je crois que cette popularité est essentiellement « symbolique » et liée à sa personnalité propre. Ainsi, comme beaucoup de concitoyens, j’ai fortement apprécié qu’elle rappelle lors de la visite du président Kadhafi que « notre pays n’est pas un paillasson sur lequel on peut s’essuyer les pieds », une façon éclatante de réaffirmer quelles sont les valeurs de la France. Fort et fondateur, à l’image de certains « coups de gueule » de Chirac (son fameux « Do you want me to go back to my plane ? » par exemple) ou du discours de Dominique de Villepin à l’Onu avant la seconde guerre d’Irak (« Le vieux pays qui est le mien… d’un vieux continent, l’Europe… »). Ceux qui ne la connaissaient pas encore à ce moment-là ont commencé à dresser l’oreille et à prêter attention à ses interventions.
Plus encore, c’est sa force de caractère qui, me semble-t-il, plaît aux Français. Et bien sûr le fait qu’elle s’oppose au président de la République et, encore mieux, qu’elle ne cède pas, qu’elle finisse par faire valoir sa position et par obtenir gain de cause ! Ce fut le cas, on s’en souvient, pour les élections européennes auxquelles elle ne souhaitait pas participer, préférant privilégier à long terme son implantation locale à Colombes. Ce fut de nouveau le cas pour les régionales, lorsqu’elle refusa d’être parachutée dans un autre département que les Hauts-de-Seine. J’apprécie d’ailleurs tout particulièrement cette façon de faire de la politique qui consiste à se présenter là où l’on vit, là où l’on habite vraiment. Au final, Rama Yade nous apparaît « intègre » dans son approche de la politique, et c’est bien agréable. Mieux : Rama Yade nous apparaît profondément « authentique » (illustrant parfaitement ce que j’évoquais sur ce blog en septembre dernier : Authenticité et politique, selon Alastair Campbell), et cela fait un bien fou ! Pourvu que cela dure !
(Voir aussi sur le site du Point les autres articles qui la concernent, notamment Jusqu’où ira-t-elle ? et L’insolente Yade.)
Démocratie et Internet : 4 bons articles
Dans ma « moisson » de la semaine, quatre articles intéressants autour des évolutions des partis politiques, de la démocratie et de l'opinion publique à l'ère d'Internet. Trois d'entre eux sont très faciles d'accès pour tout un chacun, le quatrième nettement plus « universitaire »...
1) Plus fouillé que l'article du Monde cité il y a une dizaine de jours, cet article du Figaro, « L'UMP et le PS se mettent à l'heure des réseaux sociaux » pour mobiliser et élargir leur ancrage au-delà des militants : « Pour les partis politiques, c'est l'amorce d'une révolution culturelle, à l'encontre des pratiques traditionnelles. »
2) Sur ce même thème de la transition des partis de masse aux partis de réseaux, une analyse de Net-Politique, « Partis politiques : l'âge de réseau » : « Les différences entre My.BarackObama.com [dont le modèle est systématiquement revendiqué] et les réseaux sociaux politiques français sont plus importantes que les points communs », sur le plan du contexte politique en particulier.
3) Sur Délits d'opinion, « Aujourd'hui, l'opinion du pair prime sur celle du père », ou comment la « nouvelle » opinion publique, active, participative et qualifiée de « nomade », peut être prise en compte par les médias (le passage du « mass média » au « self média »), comment elle peut être mesurée (cela reste à inventer), comment elle impacte les stratégies de communication (à retenir, la piste de la « coproduction »), comment elle peut être anticipée, à défaut d'être maîtrisée ou canalisée...
4) Enfin, une étude approfondie (il y en a l'équivalent de 20 pages A4 !) de Dominique Cardon proposée par La vie des idées, les « Vertus démocratiques de l'Internet ». Pour l'auteur, six vertus (et six écueils associés, indiqués ci-dessous entre parenthèses) caractérisent les formes politiques de la révolution Internet :
- la présupposition d'égalité ( / l'exclusion des immobiles),
- la libération des subjectivités ( / la dépolitisation narcissique),
- le public par le bas ( / la fin de la vie privée),
- la force des coopérations faibles ( / la fragilité des engagements),
- l'auto-organisation ( / la bureaucratie procédurale),
- la légitimité ex-post ( / l'écrasement de la diversité).
J'en profite : Net-Politique, Délits d'opinion et La vie des idées sont d'excellents sites de référence pour qui s'intéresse à la politique à l'ère numérique ; découvrez-les plus largement si vous ne les connaissiez pas encore !


