Damien Bégoc – Blog politique « Je ne m’occupe pas de politique. » C’est comme si vous disiez : « Je ne m’occupe pas de la vie. » (Jules Renard)

7oct/110

Médiasrama : suivre la présidentielle sur le fond !

Je vous invite à découvrir Médiasrama, la nouvelle page publique que je viens d’ouvrir sur Facebook : une sélection d'articles de fond et de sites web intéressants sur des sujets politiques, économiques, culturels, sociaux et sociétaux pour suivre la présidentielle et les législatives 2012, en éclairer les enjeux et participer au débat.

Les maîtres-mots de cette page : modération et pondération, respect et courtoisie, recul et réflexion, ouverture et absence d'esprit partisan.

Parce qu’une campagne, le débat, la démocratie, ce sont avant tout des idées. Parce qu'une campagne, le débat, la démocratie ne doivent pas nécessairement se transformer en foire d'empoigne, ponctuée de boules puantes !

Page accessible directement sur Facebook : http://www.facebook.com/mediasrama ou via son propre nom de domaine : http://www.mediasrama.fr

12mai/110

De l’âge des députés…

Lu dans Challenges du 28 avril 2011 : « L’Assemblée nationale totalise 9 fois plus de députés de plus de 60 ans que de députés de moins de 40 ans. En 1950, le rapport était de 1 à 1. » Sachant, par ailleurs, que l’âge moyen de la population française est de 40 ans…

On ne saurait mieux montrer, une fois de plus, l’impérieuse nécessité d’un renouvellement, d’un rajeunissement, d’une diversification (dans tous les sens du terme, qu’il s’agisse de la féminisation ou des origines, elles-mêmes géographiques, sociales ou professionnelles) !

Les solutions sont connues, archi-connues et reconnues : le non-cumul des mandats – cette détestable exception française – et la limitation du nombre de mandats consécutifs.

22fév/100

Halte au feu ! L’unité plutôt que l’indignité

Six exemples : Frédéric Mitterrand, minarets suisses, Bernard-Henri Lévy, Ali Soumaré, Ilham Moussaïd, Quick… Et j’en passe ! De dérapages en amalgames, de controverses en stigmatisations, de lynchages médiatiques en défouloirs racistes, le débat public a viré ces derniers mois au festival d’indignité, libérant une parole populiste et de bas instincts dont les remugles particulièrement nauséabonds n’honorent pas notre pays.

Parmi les exemples cités, il est à noter que le Front national est, au moins à deux reprises, à l’origine des polémiques, surenchérisseur dans les autres cas, et il est permis de se demander si sa faculté à influencer ainsi l’agenda médiatique et politique ne signe pas la victoire d’une certaine forme de « lepénisation » des esprits…

Bien sûr, tout cela s’est joué sur fond de débat sur l’identité nationale. Celui-ci, si intéressant soit-il d’un point de vue historique, théorique ou intellectuel, ne pouvait que produire de la confusion et de la division tant il est apparu inopportun, mal lancé et mal mené, tant il s’est focalisé sur l’immigration et sur l’islam. Éric Besson lui-même a fini par reconnaître qu’il aurait fallu procéder autrement.

Il me paraît tout à fait significatif que cinq anciens Premiers ministres au moins, de gauche et de droite (Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin, Michel Rocard, Lionel Jospin), aient exprimé leurs réserves vis-à-vis de ce débat. Ils l’ont fait, et bien d’autres encore, mieux que je ne le ferais, je n’y reviendrai donc que pour souligner à quel point une identité est, par nature, personnelle, individuelle, intime, multiple même dans ses composantes, évolutive, et qu’elle ne peut en aucun cas constituer un horizon commun, unique, identique pour une société. Sauf à vouloir exclure tel ou telle, parce que différent(e) d’une norme, d’une moyenne, d’une tradition, en vertu de critères qui seraient dès lors arbitraires et infondés, donc illégitimes et profondément contestables.

Si, et c’est une première dimension, je me définis comme Breton, Parisien, Français et Européen, en quoi puis-je m’affirmer Français identiquement ou différemment de mon voisin qui se définit lui comme Corse ou Bordelais ? De cet ami qui a au moins un de ses grands-parents issu de l’immigration, comme c’est le cas aujourd’hui d’un Français sur trois ou quatre ? Si j’ai beaucoup voyagé, si j’ai vécu ou travaillé à l’étranger ; si je m’affirme, par exemple, hétérosexuel, homosexuel ou bisexuel ; catholique, juif, musulman, bouddhiste, libre penseur ou franc-maçon ; autodidacte ou surdiplômé ; et ainsi de suite, cela ne constitue-t-il pas d’autres dimensions tout aussi importantes qui déterminent une identité qui m’est propre et mon appréhension de celle-ci ? Ajoutons en outre que je suis dans l’incapacité de définir ce qui pourrait me distinguer fondamentalement d’un Anglais, d’un Espagnol, d’un Italien, d’un Allemand… et que nous nous retrouverons pourtant sur des valeurs essentielles telles que la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité, la solidarité…

A l’instar de Claude Askolovitch aujourd’hui dans son éditorial du Journal du dimanche, je dis donc sur tous ces sujets, sur tous ces débats nauséabonds qui mettent à mal notre pacte républicain : pyromanes, halte au feu ! Revenons à la raison, retrouvons ce qui est unique, comme le terme l’indique, c’est-à-dire l’unité, l’unité nationale, le désir de vivre ensemble, de construire un destin et un avenir en commun.

Et nous en aurons grandement besoin ! Qu’il s’agisse par exemple de la maîtrise des déficits publics, de la pérennité du financement de nos retraites ou, en élargissant le spectre, de la régulation financière internationale, de la recherche de nouvelles formes de croissance, de l’urgence écologique (que je ne limite donc pas à l’urgence climatique), du formidable défi démographique, probablement l’un des plus grands défis jamais affrontés par l’espèce humaine, nous aurons sur tous ces sujets, face aux immenses changements économiques, culturels, comportementaux à venir, besoin, nécessité, obligation de nous serrer les coudes. Dans une société apaisée, rassemblée et solidaire. Dans une société ouverte aux débats dépassionnés, respectueuse de l’autre, de ses différences, et permettant de définir, tous ensemble, un véritable projet.

Pour que mon propos ne reste pas que théorique, deux illustrations. L’une relativement consensuelle : après le « travailler moins » du PS et le « travailler plus » de l’UMP, qui ont montré tous deux leurs limites, n’est-il pas temps de réfléchir au « travailler mieux » ? L’autre plus polémique : que constate-t-on avec dix ans de recul sur le PACS ? Qu’il concerne aujourd’hui à 95% des couples hétérosexuels et n’a en aucune façon mis en péril le mariage, mais bien au contraire qu’il a répondu de façon manifeste, les chiffres parlent d’eux-mêmes, à une demande sociale latente de sécurité et de formalisation symbolique de nouvelles formes d’union, quelle que soit l’orientation sexuelle des personnes concernées. Était-il donc nécessaire à l’époque de recourir à des slogans tels que « les PD au bûcher » ou de brandir sa Bible dans l’hémicycle ? Assurément non ! Et aujourd’hui, ne conviendrait-il pas d’aborder des sujets proches avec un peu plus d’humilité et d’ouverture d’esprit ? Assurément oui !

Je suis convaincu que se trouve là aussi une solution à la défiance des Français vis-à-vis des politiques et au constat, souligné ce week-end par le médiateur de la République dans son interview au Monde, d’une société émiettée, inquiète, en tension et sans espérance collective.

Bien plus, j’en ai l’intuition depuis quelques mois, je suis donc ravi que Jean-Paul Delevoye partage cette idée : la question du vivre ensemble, la construction de ce nouveau projet de société, cette politique du mieux vivre et du mieux vivre ensemble pourraient constituer un formidable thème, un formidable horizon pour la campagne présidentielle de 2012 !

11oct/090

Du slogan électoral au déclassement social

Un article de Nonfiction.fr à propos d'un texte de Robert Redeker et des slogans électoraux ainsi que le dossier du Monde sur le thème du déclassement m'ont particulièrement intéressé cette semaine et je souhaitais vous faire partager ces « bons liens ».

A partir d'une analyse de la formule d'Obama « Yes we can ! », le philosophe Robert Redeker invite dans ce livre chroniqué par Nonfiction.fr à une intéressante réflexion sur ce qu'est un slogan politique ou électoral : que signifie un slogan, à qui s'adresse-t-il, qui englobe-t-il, quel est son degré d'universalité, est-il rassembleur ou clivant, les liens avec la publicité commerciale ou la reprise par celle-ci de slogans fameux...

Même si Robert Redeker est très critique vis-à-vis de la formule d'Obama (« n'affirmant aucun contenu, vide de sens », consumériste, engendrée par les médias mondialisés...), son texte propose une mise en perspective (historique, philosophique, comparative) intéressante et qui peut être appliquée à la réflexion sur n'importe quel autre slogan. Ce « Yes we can, slogan électoral » est en outre très court (à peine 40 petites pages !) et très facile à lire, aucune raison donc de s'en priver, par exemple le temps d'un trajet en métro !

L'autre sujet de la semaine tourne autour de la parution (dans la collection de la République des idées dirigée par Pierre Rosanvallon) du livre d'Eric Maurin : « La Peur du déclassement, une sociologie des récessions ». Pour l'économiste, le déclassement ne touche réellement la société qu'à la marge, à l'inverse de la peur de déclassement, ressentie elle « par l'ensemble de la société, y compris par les classes moyennes et supérieures, celles qui ont le plus à perdre », cette peur qui paralyse la société et qui est à l'origine de ses blocages et de son incapacité à se réformer.

Le Monde y consacre un dossier complet, avec une interview d'Eric Maurin, les réactions de Laurence Parisot, François Chérèque, Xavier Bertrand, Manuel Valls, et surtout le compte rendu d'un chat avec le sociologue Louis Chauvel qui a un point de vue totalement différent : pour lui (comme pour d'autres auteurs tels que Camille Peugny ou Christian Baudelot), le déclassement social (qu'il soit par rapport à sa famille, à son parcours professionnel ou à son niveau de diplôme) est bel et bien une réalité et ne se limite pas, loin de là, à un simple phénomène psychologique (à voir aussi la page de réactions des lecteurs) !

Quelle que soit la position vis-à-vis de ce phénomène du déclassement, réel ou supposé, quelle que soit son ampleur, définir aujourd'hui un projet politique, par exemple pour 2012, implique nécessairement de s'y intéresser, de prendre en considération en particulier le malaise des classes moyennes, de réfléchir aux évolutions de la société, de trouver un modèle ou un équilibre entre, d'un côté, protection des statuts, de l'autre, accompagnement des individus et des parcours.

A mon sens, il s'agit d'un vrai sujet de société, dépassant assez largement les clivages droite-gauche habituels, c'est un thème dont j'ai d'ailleurs l'intuition depuis pas mal de temps (des mois voire des années), j'y reviendrai donc sûrement...

Finalement, je me rends compte que ces deux sujets de la semaine reflètent bien mes centres d'intérêt : d'une part, la forme (non dénuée de fond), d'autre part, le fond en lui-même... Je préfère nettement cela à certaines polémiques odieuses et nauséabondes !

3sept/094

Généraliser le mandat unique et les primaires

Les débats actuels, au PS et à l'UMP, sur le non-cumul des mandats et l'organisation de primaires m'intéressent : sur ces deux sujets, j'y vois la concrétisation d'aspirations citoyennes et la perspective d'évolutions positives de notre système politique, l'orientation vers une modernité démocratique bienvenue (au même titre d'ailleurs que les attentes profondément sociétales vis-à-vis des principes de la démocratie participative, j'y reviendrai prochainement).

En ce qui concerne le non-cumul des mandats, je l'ai écrit sur ce blog en juin 2007 : je suis non seulement favorable à un mandat et à un seul mais également partisan d'une limitation dans le temps (deux mandats maximum, comme pour le président de la République désormais) et de l'exercice du dernier mandat pour lequel on s'est présenté devant les électeurs. [Sur cet ancien billet de juin 2007, le dernier paragraphe est aujourd'hui obsolète puisque la révision constitutionnelle intervenue depuis permet désormais à un ministre démissionnaire ou démissionné de retrouver automatiquement son siège de parlementaire. Pour le reste, je n'y change pas une virgule !]

Ainsi, lorsqu'en juillet les militants finistériens du PS votent en faveur du non-cumul, je dis bravo ! Lorsque Martine Aubry reprend ce principe à son compte à la Rochelle, je dis bravo ! Lorsque Xavier Bertrand engage l'UMP sur cette voie, dans la perspective des régionales, je dis bravo ! Et je redis encore mille bravos lorsqu'aujourd'hui le Premier ministre, François Fillon, enfonce le clou dans une interview à paraître dans le Figaro magazine : « Les ministres qui l'emporteront dans leur région devront la présider et quitter le gouvernement. On ne peut plus aujourd'hui demander aux électeurs de vous porter à la présidence d'une région et ne pas l'assumer en cas de succès. » Tout cela reste à concrétiser mais ces quatre prises de position vont incontestablement dans le bon sens.

Je vois d'un tout aussi bon oeil l'idée des primaires (je vous suggère de télécharger par exemple la synthèse du rapport d'Olivier Duhamel et Olivier Ferrand sur le site de la fondation Terra Nova) et je suis favorable à leur généralisation, à l'UMP comme au PS, et ce pour toutes les élections, qu'elles soient nationales ou locales, pas seulement pour la présidentielle. Les modalités pratiques restent à discuter mais le principe ne me paraît présenter que des avantages sur le fond, qu'il s'agisse d'intéresser les électeurs, de permettre le débat autour du projet (et de ses nuances) porté par les candidats à la candidature, de favoriser l'émergence de nouvelles thématiques en phase avec les préoccupations des électeurs, de renforcer le lien de proximité entre les citoyens et le personnel politique, de casser certains jeux internes de partis, et même - cela compte aussi ! - de faciliter le recrutement de nouveaux adhérents, de susciter de nouveaux dons, de limiter les dissidences...

Et surtout, surtout, je reprends totalement à mon compte cette phrase de l'éditorial du Monde de ce jour, tant il est vrai que le non-cumul et les primaires se rejoignent dans cette aspiration à une modernité démocratique : débloquer « le renouvellement fluide des élus et des élites aussi bien en termes de générations que de parité ou de diversité ». Au risque d'insister : renouvellement fluide, générations, parité, diversité, tant de choses qui nous manquent tellement !

22août/092

Quelle politique pour les enfants du numérique ?

J’ai bien apprécié le numéro spécial juillet-août de Books (il ne faut pas s’arrêter au titre provocateur ou marketing du dossier, « Internet rend-il encore plus bête ? »), consacré aux mutations culturelles induites par Internet et les technologies qui l’entourent.

Un article a particulièrement retenu mon attention, celui consacré au livre du sociologue canadien Don Tapscott, « Enfants de l’ère numérique. Comment la Net génération change votre monde » (« Grown Up Digital. How the Net Generation is Changing Your World », MacGraw-Hill, 2008 - le livre n’a pas encore été publié en français mais on peut le trouver en anglais sur Amazon.fr par exemple). A l’issue de son enquête, il dresse les 8 règles qui caractérisent, selon lui, la plupart des membres de la Net génération, c’est-à-dire schématiquement ceux qui ont aujourd’hui jusqu’à 30 ans environ (appelés aussi parfois les « Digital Natives ») :

1) ils attachent du prix à la liberté,
2) ils veulent des produits personnalisés,
3) ils adorent le travail en commun,
4) ils examinent tout minutieusement,
5) ils tiennent à la probité des institutions et des entreprises,
6) ils veulent s’amuser, même à l’école ou au travail,
7) ils pensent que la vitesse est normale en tout,
8) et ils considèrent que l’innovation permanente fait partie de la vie.

Pour ces enfants de l’ère numérique, « plus malins, plus rapides et plus ouverts à la diversité que leurs prédécesseurs », quelles seront les conséquences dans le champ politique de ces évolutions sociologiques et comportementales ? Quelles adaptations de l’offre politique seront nécessaires pour répondre à leurs besoins, à leurs attentes ? Comment, du point de vue de la communication politique, s’adresser à eux avec pertinence et efficacité ? Je n’ai pas de réponse immédiate, pas plus que de réponses toutes faites, mais il me semble que cela ouvre un champ de réflexion intéressant et passionnant ! A tout le moins, qu’il ne faut pas ignorer… Et vous, qu’en pensez-vous ?

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