Sondages, vie privée et « seigneurs de la com’ »
Au sommaire de cette veille de communication politique pour mars-avril : les « seigneurs » de la communication, le nouveau site Élysée.fr, les mots de la communication, Internet et vie privée, François Bazin et Jacques Pilhan, ainsi que plusieurs sondages intéressants, tous téléchargeables, sur des sujets structurants…
1) Sur le site de la Fondation pour l’innovation politique, un long article d’Olivier Blondeau et Laurence Allard sur le phénomène des contenus générés par les utilisateurs (ou user generated content, UGC) qui constituent à la fois des pratiques militantes mais peuvent aussi s’apparenter à des pratiques de diffusion d’une parole politique : « UGC 4 Politics ! De " l’empowerment " au " campaigning " ».
2) Sur le site du Monde (également repris dans Le Mensuel d’avril, actuellement en kiosque), une intéressante enquête de Raphaëlle Bacqué sur « Les seigneurs de la com’ » politique et économique (ils conseillent à eux trois la quasi-totalité du CAC 40), Stéphane Fouks (Euro RSCG), Michel Calzaroni (DGM Conseil) et Anne Méaux (Image 7)… Si ce sujet vous intéresse, voir aussi cet article du Nouvel Observateur (il date de 2003 et est principalement axé sur Anne Méaux, la partie sur Michel Calzaroni ne paraît pas accessible) : « Les faiseurs de rois ».
3) Pour en finir avec les élections régionales 2010, l’observatoire de la Netcampagne de l’Ifop (les résultats sont téléchargeables en PDF). A mettre en rapport avec le « baromètre des usages sociaux et politiques du web » (lien direct vers le PDF) de TNS Sofres pour Temps réels (section Internet du PS).
4) Sur le thème de la vie privée et de ses évolutions à l’ère du numérique et des réseaux sociaux, déjà abordé sur ce blog au cours des derniers mois, un nouvel article de Jean-Marc Manach sur InternetActu, « Vers une vie privée en réseau », et un dossier de Regards sur le numérique, « Vie privée : la première crise de conscience du net ? ». Je me limiterai ici à ce commentaire : cela peut aussi éclairer, d’un point de vue réflexion et recul, une récente affaire de « cornecul », pour reprendre l’expression d’Arnaud Montebourg…
5) La nouvelle version du site Élysée.fr… Difficile de trouver des articles qui aillent au-delà de la simple comparaison superficielle avec le site de la Maison blanche ou au-delà du simple « Sarko-bashing », qui est devenu par principe un réflexe pour certains ! Raison de plus pour vous conseiller l’analyse équilibrée de Fabrice Epelboin sur ReadWriteWeb, « Élysée.fr : la partie immergée de l’iceberg ».
6) Sur Stratégie.fr, « Le Français et les mots de la communication », une enquête de Médiascopie sur le vocabulaire de la communication qui montre que les mots les plus valorisés dans la communication idéale sont aussi jugés avoir peu d'avenir. Avec un intéressant mapping de ces mots à télécharger en complément en PDF.
7) La défiance et la désillusion des Français vis-à-vis des politiques… Un sujet que j’ai également déjà abordé sur ce blog et qui tend à prendre des proportions vraiment préoccupantes… Voir le sondage Obéa-Infraforces pour France Info et 20 minutes (téléchargeable en PDF en fin d’article) : « 3 Français sur 4 ne font pas confiance au personnel politique ». A compléter par cet autre sondage réalisé par TNS Sofres, « La République est en danger », qui montre que les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité sont en net recul (également téléchargeable en PDF via le service Scribd en fin d’article).
8) A noter que le sondage évoqué ci-dessus a été réalisé à l’occasion de la 19e journée du livre politique, qui se tenait samedi dernier, le 10 avril, et que l’article du Nouvel Observateur est signé par… François Bazin qui a justement reçu le prix du livre politique pour son ouvrage « Le Sorcier de l’Élysée », consacré à Jacques Pilhan, le conseiller en communication de François Mitterrand puis de Jacques Chirac ! À lire ! Pour vous en donner envie, si c’est encore nécessaire, voir les bonnes feuilles publiées par l’Express et une interview de l’auteur par Délits d’opinion.
Les régionales, Internet, la démocratie…
Au menu de cette veille de février et mars 2010 : la crise et l’opinion publique, le financement politique aux États-Unis, la communication des régionales, les médias sociaux, la tyrannie de la transparence, Internet contre la démocratie… Plus de 20 liens !
1) « La crise renforce les exigences et le pouvoir des opinions publiques » : dans ce point de vue publié par Le Monde, Pierre Giacometti et Alain Péron indiquent que la crise accentue une tendance amorcée depuis déjà plusieurs décennies, qui renforce l'influence des opinions sur la conduite des pouvoirs et de ses protagonistes. Ces opinions se caractérisent en outre désormais par leur caractère mosaïque, volatile, fragmenté et rebelle : la diversité de ces opinions nécessite de mettre en œuvre, selon les auteurs, une stratégie d’« intelligence d’opinions » et de concilier spécificité et cohérence, avec une parole qui ne peut plus être seulement verticale mais doit proposer des choix, des échanges, et susciter des actions.
2) « Financement politique US, la nouvelle donne » : dans cet article de Causeur.fr, Gil Mihaely revient sur une décision de la Cour suprême qui bouleverse les règles du financement de la politique américaine puisque les personnes morales, les entreprises pourront désormais se prévaloir de la liberté d’expression au même titre que les personnes physiques et exprimer leurs opinions politiques comme de simples citoyens ! Et pourquoi ne pas leur donner le droit de vote tant qu’on y est, franchement ! On n’imagine que trop bien comment les lobbies sauront se saisir de cette opportunité lors des prochaines campagnes électorales et les conséquences que cela aura du point de vue démocratique, d’autant que la Cour suprême ne fait pas le distinguo entre les médias et les autres corporations…
3) Régionales et réseaux sociaux : sur Pargatruk.fr, le blog d’Hervé Pargue, consultant en « stratégie digitale » pour les collectivités publiques et territoriales, de nombreux billets consacrés à l’étude de la stratégie web des candidats PS et UMP aux régionales. Voir en particulier ces « 12 conseils aux politiques présents sur Facebook » et ce billet récapitulatif. De son côté, Regards sur le numérique se penche sur cette campagne web dans un premier volet (on attend la suite !) consacré à la refonte récente, et plus orientée « contenus », des sites de l’UMP et du PS : « Internet et les régionales (1) : la révolution des contenus est-elle en marche ? » Le blog de la rédaction du Monde consacré aux régionales s’interroge quant à lui : « Les réseaux sociaux politiques sont-ils vraiment utiles ? », l’usage de Twitter se partageant par ailleurs « entre platitudes et invectives ». Pour élargir le champ de l’analyse, vous pouvez aussi vous reporter à cette enquête, réalisée en 2009 mais récemment publiée sur son blog, du journaliste indépendant Bruno Fay (« Politique 2.0 : la guerre du web ») et à ce phénomène bien connu (Internet permet facilement aux mouvements petits ou extrêmes d’avoir une visibilité et d’occuper le terrain) : « Les "cyberactivistes" d'extrême droite ont fait d'Internet leur nouveau terrain de jeu ». Enfin, toujours sur le site du Monde, puisque cette campagne des régionales 2010 ne s’est malheureusement pas caractérisée par sa bonne tenue (doux euphémisme pour dire qu’elle a plusieurs fois carrément versé dans le caniveau !), cet article historique et « méthodologique » : « Manuel de l’insulte à l’usage des politiques ». Au point où nous en sommes, mieux vaut effectivement le voir avec recul, humour et ironie…
4) Pour prendre de la hauteur (nous en avons bien besoin après ces régionales - c’est bon, je n’insiste pas davantage…), « Les réseaux sociaux, médias de demain » : le blog médias du Figaro revient sur cette étude du Pew Internet Research Center qui indique que 75% des consommateurs US d'information en ligne reçoivent aujourd’hui leur information par mail ou par des posts sur les réseaux sociaux. L’étude souligne également le rôle des contenus personnalisables et l’importance de la discussion (à 72 %) relative à l’actualité sur les réseaux sociaux : un constat à rapprocher de cet article du New York Times, repris cette semaine par Courrier International, selon lequel les audiences d’un certain nombre d’événements, la finale du Super Bowl par exemple, n’ont jamais été aussi élevées, notamment grâce au partage et à l’échange, la « communion », en direct sur Twitter et Facebook. Un phénomène évidemment détecté par les médias traditionnels qui comptent bien pouvoir s’appuyer sur cet effet « discussion autour de la machine à café » : « Grâce au Net, la télé retrouve le sourire ».
5) Puisque j’évoquais ci-dessus Courrier International, procurez-vous si vous en avez la possibilité son numéro 1008 (du 25 février au 3 mars 2010) avec un intéressant dossier de Une consacré à « La tyrannie de la transparence » (accessible en ligne uniquement pour les abonnés) : « Les politiques la promettent, les citoyens l’exigent, beaucoup d’internautes la revendiquent dans leurs rapports personnels. La transparence est devenue un idéal universel que l’on pare de toutes les vertus. Et, ces dernières années, de plus en plus de pays se sont dotés de lois en ce sens. De fait, la transparence permet souvent de limiter la corruption et d’améliorer les pratiques de l’État, comme le montre l’exemple de l’Inde. Mais elle ne règle pas tout, met en garde le juriste américain Lawrence Lessig, et peut même finir par saper la confiance dans la démocratie. »
6) J’ai déjà eu l’occasion de m’intéresser ici aux « digital natives », c’est-à-dire aux enfants de la Net génération (voir « Quelle politique pour les enfants du numérique ? »). Un contrepoint intéressant dans Libération de Jean-Noël Lafargue qui les voit davantage comme des « digital naives », plus passifs et moins bidouilleurs-hackers que leurs aînés : « Les jeunes ne sont plus intéressés par l’outil-ordi ».
7) Enfin, last but not least, mon coup de cœur du mois, le nouveau numéro de Books (une revue décidément passionnante !) : « Internet contre la démocratie ». Le dossier n’étant accessible en entier en ligne qu’aux abonnés (et c’est tant mieux car il faut soutenir ce jeune magazine : courez chez votre marchand de journaux, il vaut largement ses 5,9 € !), voyez la présentation du dossier par Olivier Postel-Vinay, fondateur et directeur de la publication, « Pour en finir avec le cyber-optimisme », son interview par Regards sur le numérique, « Le cyber-optimisme est une croyance naïve… », la réplique de Pierre Haski sur Rue 89, « Internet et la démocratie ? Books donne la victoire aux États autoritaires », écoutez le podcast de l’émission de France Culture qui lui est consacrée, « Place de la toile », et venez assister au débat à Sciences Po Paris mardi prochain, le 16 mars de 19h à 21h (l’entrée est libre, voir tous les renseignements pratiques sur la page d’accueil de Books), avec la participation de Fariba Adelkhah, Pierre Assouline, Olivier Bomsel, Pierre Haski, Marie Mendras, Thierry Vedel, Olivier Postel-Vinay… J’y serai !
Communication : incontournables de janvier 2010
Cela devient une tradition sur ce blog ! Avant une série de textes plus politiques dans les prochaines semaines, une nouvelle revue de web de différents thèmes de fond liés à la communication politique au sens large. Pour cette sélection de janvier 2010, 7 sujets et 25 liens : que du lourd pour « penser la politique » d’aujourd’hui et de demain !
1) Philippe Séguin, grand homme politique, gaulliste social aux fortes convictions avec une haute vision de la politique et de l’État, était aussi un grand communicant et un excellent orateur. Dans cet article du Monde, le chercheur et sociologue Philippe Riutort revient sur sa maîtrise du discours, due tant à sa sincérité (il écrivait lui-même ses discours) qu’à sa culture historique et à sa parfaite connaissance de la langue : « Séguin le communicant ou la parfaite maîtrise des codes de la rhétorique ». Dans le même ordre d’idée, Roselyne Bachelot révéla sur Europe 1, à l’occasion de sa disparition, son rôle dans l’écriture de son fameux discours sur le Pacs en novembre 1998, comme le relate Rue 89 : « Séguin, co-auteur du discours de Bachelot sur le Pacs »…
2) Pour en finir sur le thème de la philosophie différente des réseaux sociaux lancés récemment par l’UMP et le PS - sujet déjà abordé dans mes précédents billets - deux liens complémentaires. D’une part, l’analyse de Nicolas Vanbremeersch (bien connu dans la blogosphère politique) qui présente l’avantage de prendre un peu de hauteur vis-à-vis de ce phénomène : « Réseaux sociaux politiques : quelques remarques ». D’autre part, un article du Monde qui constitue un bon résumé des convergences et divergences d’approche entre Les Créateurs de possibles (UMP) et La Coopol (PS) : « UMP, PS : deux réseaux sociaux, deux philosophies différentes ».
3) D’un côté, grand lecteur, me considérant comme généralement très bien informé, de l’autre, citoyen responsable, désormais vacciné depuis quelques jours (dès que j’ai reçu le bon ad hoc), et par ailleurs communicant de profession, j’estime objectivement que Roselyne Bachelot a globalement fait, à chaque moment, ce qu’il fallait pour lutter contre la grippe A, en fonction de l’évolution de la situation et des connaissances scientifiques et épidémiologiques, elles-mêmes fort évolutives au cours des derniers mois. En ce sens, je pense que la commission d’enquête parlementaire ne sera pas, in fine, une mauvaise chose : elle permettra de reconnaître le bien fondé des décisions de la ministre de la Santé et d’en tirer des enseignements utiles pour l’avenir. Du point de vue de la communication publique et politique, il y aura aussi beaucoup de choses à retirer de cet épisode : pourquoi les Français, et les Européens d’une manière générale (à l’exception notable des Suédois), ont-ils été si réticents à se faire vacciner ; comment les médias ont-ils traité ce sujet ; quel rôle a joué la « contre-communication » sur Internet ; le principe de précaution est-il opérant dans les faits ou n’est-il destiné qu’à rester un concept théorique, confortable pour l’esprit parce que rassurant ; comment communiquer sur un sujet à la fois complexe, scientifique, incertain, mouvant, de surcroît dans une société de défiance où toute parole publique est d’emblée sujette à caution de la part des citoyens… Je suis convaincu qu’il y a là un vaste champ d’analyse pour les chercheurs et étudiants en communication ! D’autant que nous nous situons aux confluents de diverses disciplines, avec des composantes sociologiques, anthropologiques, philosophiques… Une sélection d’articles pour éclairer et élargir la réflexion :
- en introduction, un éditorial du Monde : « Le doute A(H1N1) »,
- une interview de l’anthropologue Frédéric Keck (Le Monde) : « Lutte anti-grippe A : "Un échec du catastrophisme" »,
- une interview de François Ewald, philosophe du risque (Le Monde) : « Le principe de précaution oblige à exagérer la menace »,
- un point de vue d’Éric Le Boucher (Slate.fr) : « La société française refuse le risque »,
- celui de Thomas Legrand (Slate.fr) : « Critiquer Roselyne Bachelot est trop facile »,
- enfin, une tribune très intéressante de Thierry Saussez, le directeur du Service d’information du gouvernement (SIG), publiée dans Le Monde : « Gestion de crise et communication ».
4) Un débat qui agite la blogosphère ces dernières semaines sur la fin réelle ou supposée de la vie privée, à la suite notamment de déclarations de Marc Zuckerberg, le patron de Facebook. Deux points de vue intéressants et discordants, encore une fois utiles pour nourrir la réflexion sur ce sujet majeur, potentiellement annonciateur d’évolutions sociologiques importantes, avec des conséquences directes ou indirectes dans de nombreux domaines de la communication : voir Jean-Marc Manach sur InternetActu (« Vie privée : le point de vue des petits cons ») et la réponse d’Alexis Mons sur le blog de l’agence groupeReflect (« La vie privée n’est pas ce que l’on croit »).
5) Les résultats du premier « baromètre de la confiance politique » lancé par le Cevipof (Centre d’études de la vie politique française) de Sciences Po (lien direct pour télécharger les résultats en PDF). Voir aussi l’analyse du Monde (« 67% des Français n’ont plus confiance dans la politique ») et de Slate.fr (« Les Français dans l’ère de la défiance »). Là aussi, une mine pour penser la politique et sa communication !
6) Un incontournable : le baromètre annuel (depuis 1987 !) TNS Sofres/Logica de confiance dans les médias, publié par le quotidien La Croix : « Les Français et leurs médias, une confiance paradoxale ». Voir aussi ce résumé des principaux résultats, ce lien direct pour les télécharger en PDF et cet article complémentaire, « La télévision a de l’avenir ».
7) Enfin, je vous recommande vivement de courir dans un kiosque vous procurer le nouveau numéro de Manière de voir, le hors-série bimestriel du Monde diplomatique : « Internet, révolution culturelle ». En un seul mot : passionnant !!!
Communication politique 2.0 (et plus)
Une dernière fournée pour 2009 de liens relatifs à la communication, en particulier politique bien sûr. Pêle-mêle, du plus ancien au plus récent, 8 articles ou dossiers intéressants (y compris la critique d’un film satirique !) publiés en novembre et décembre.
1) « Gare au tout info ! » : un article de Nonfiction.fr à propos du dernier livre de Dominique Wolton, « Informer n’est pas communiquer ».
- « Dominique Wolton affirme la primauté de la communication, " plus complexe " que l’information. Pourquoi ? Parce qu’elle porte en elle la relation à l’Autre tandis que l’information existe en soi. »
- « C’est bien l’information qui est à reconsidérer. »
- « Dans sa leçon donnée aux acteurs de l’information, il invite ces derniers à revenir vers la connaissance, plus que jamais indispensable pour faire face à la profusion d’informations et pour ne pas buter sur " l’incommunication ". »
2) « Les politiques exposés au risque d'Internet » : une analyse de Xavier Ternisien dans Le Monde.
- « Aux politiques de mettre en accord les discours et les actes, la parole publique et la parole privée, insiste Arnaud Dassier, directeur de l'agence L'enchanteur des nouveaux médias. Je trouve plutôt positif qu'Internet oblige à une plus grande cohérence. »
3) Le film « In the Loop » d' Armando Iannucci, toujours à l’affiche dans une trentaine de salles en France (sinon bientôt en DVD).
- Une satire cynique et très drôle de la politique anglaise et des « spin doctors » à l’époque de Tony Blair et d’Alastair Campbell, sur fond de déclenchement de la guerre en Irak.
- Voir en particulier l’interview du réalisateur sur le site du Figaro : « La politique anglaise au vitriol ».
- Ainsi que quelques critiques plutôt élogieuses : « le film le plus hilarant de l'année, voire de la décennie » pour Les Echos, « une satire politique désenchantée » pour Rue89, « une farce dans l'univers politique anglais » pour l’Express, « jubilatoire » pour Le Parisien, « les dessous risibles de la guerre en Irak » pour Le Monde…
4) « Réinventer la démocratie à l’heure des réseaux et de la transparence » sur Internetactu.net.
- « La première édition du Personal Democracy Forum Europe qui s’est tenu à Barcelone les 20 et 21 novembre 2009 a été l'occasion d'explorer plusieurs manières de " hacker " et réinventer la politique. Tour d'horizon de trois pistes évoquées : développer des outils de masse pour tout un chacun, favoriser l’auto-organisation, les vertus de la transparence. »
5) « Aujourd’hui, un homme public est public tout le temps », une interview de Benoît Thieulin, directeur de l’agence Netscouade et spécialiste du Web politique dans Le Parisien.
6) « Les réseaux sociaux entrent en politique », un article de L’Express autour du lancement de sites participatifs par les grands partis politiques.
7) « Aux yeux du monde : mobile, Iran et vidéo » sur le site de la Fondation pour l’innovation politique.
- « Six mois après les élections iraniennes et les mouvements de protestation qui ont suivi, Laurence Allard et Olivier Blondeau reviennent sur l'utilisation du mobile et de la vidéo sur Internet dans la mobilisation et la médiatisation de ces événements. » Plus que jamais d'actualité !
8) Enfin, « Le temps de l’hypercitoyen », un dossier publié par Regards sur le numérique (revue « de société » éditée par Microsoft France).
- 6 articles dont notamment une interview d’un pionnier de l’e-démocratie, Howard Dean, président du parti démocrate américain de 2005 à 2009, et à ce double titre l’un des artisans de la victoire de Barack Obama en 2008.
Démocratie et Internet : 4 bons articles
Dans ma « moisson » de la semaine, quatre articles intéressants autour des évolutions des partis politiques, de la démocratie et de l'opinion publique à l'ère d'Internet. Trois d'entre eux sont très faciles d'accès pour tout un chacun, le quatrième nettement plus « universitaire »...
1) Plus fouillé que l'article du Monde cité il y a une dizaine de jours, cet article du Figaro, « L'UMP et le PS se mettent à l'heure des réseaux sociaux » pour mobiliser et élargir leur ancrage au-delà des militants : « Pour les partis politiques, c'est l'amorce d'une révolution culturelle, à l'encontre des pratiques traditionnelles. »
2) Sur ce même thème de la transition des partis de masse aux partis de réseaux, une analyse de Net-Politique, « Partis politiques : l'âge de réseau » : « Les différences entre My.BarackObama.com [dont le modèle est systématiquement revendiqué] et les réseaux sociaux politiques français sont plus importantes que les points communs », sur le plan du contexte politique en particulier.
3) Sur Délits d'opinion, « Aujourd'hui, l'opinion du pair prime sur celle du père », ou comment la « nouvelle » opinion publique, active, participative et qualifiée de « nomade », peut être prise en compte par les médias (le passage du « mass média » au « self média »), comment elle peut être mesurée (cela reste à inventer), comment elle impacte les stratégies de communication (à retenir, la piste de la « coproduction »), comment elle peut être anticipée, à défaut d'être maîtrisée ou canalisée...
4) Enfin, une étude approfondie (il y en a l'équivalent de 20 pages A4 !) de Dominique Cardon proposée par La vie des idées, les « Vertus démocratiques de l'Internet ». Pour l'auteur, six vertus (et six écueils associés, indiqués ci-dessous entre parenthèses) caractérisent les formes politiques de la révolution Internet :
- la présupposition d'égalité ( / l'exclusion des immobiles),
- la libération des subjectivités ( / la dépolitisation narcissique),
- le public par le bas ( / la fin de la vie privée),
- la force des coopérations faibles ( / la fragilité des engagements),
- l'auto-organisation ( / la bureaucratie procédurale),
- la légitimité ex-post ( / l'écrasement de la diversité).
J'en profite : Net-Politique, Délits d'opinion et La vie des idées sont d'excellents sites de référence pour qui s'intéresse à la politique à l'ère numérique ; découvrez-les plus largement si vous ne les connaissiez pas encore !
Le pouvoir des mots : rhétorique et discours
Un dossier intéressant d'une vingtaine de pages à signaler dans le numéro de novembre de Sciences Humaines : « L'art de convaincre, d'Aristote à Obama ».
L'article consacré à la rhétorique de Barack Obama n'est pas le plus convaincant sur le fond, mais il présente l'avantage d'être accessible gratuitement en ligne : « Obama et le pouvoir des mots ». Au contraire, malheureusement, de celui qui a particulièrement retenu mon attention et qui applique la méthode du fameux « carré sémiotique » à la comparaison des discours de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal : « Le " carré sémiotique " des discours politiques ».
En quelques mots : ce « carré » permet de comprendre la façon dont se construit le sens des discours, en fonction des grands principes qui les structurent. Les auteurs (Jean-Louis Missika, Denis Bertrand, Alexandre Dézé) démontrent en particulier comment Ségolène Royal privilégie le « vécu partagé » (ce qu'éprouvent subjectivement les personnes et qui est présent par empathie dans le discours) tandis que Nicolas Sarkozy articule ses discours autour d'un double pôle constitué de ce même « vécu partagé » et d'une « réalité analysée » (l'objectivation de la réalité dans et par un discours d'analyse)... A lire absolument si vous en avez la possibilité !
Beaucoup moins fouillé, cet article du Monde, « Le Web 2.0, nouvelle arme des politiques », distingue toutefois les deux philosophies a priori sensiblement différentes des sites sociaux et communautaires prochainement lancés par l'UMP et le PS. Selon Le Monde, celui de l'UMP, Lescreateursdepossibles.com, s'appuierait sur une logique « ascendante » (permettre à tout un chacun de créer des groupes de discussion sur les thèmes de son choix et de faire remonter des propositions) alors que celui du PS, LaCooPol.fr, s'inscrirait davantage dans une logique « organisationnelle » (faciliter la mise en réseau et le travail des sections et des militants). Voir en complément dans Le Monde l'interview de Benoît Thieulin dont la société (La Netscouade) a conçu le site du PS : « Le PS s'apprête à lancer son réseau social ».


