Damien Bégoc – Blog politique « Je ne m’occupe pas de politique. » C’est comme si vous disiez : « Je ne m’occupe pas de la vie. » (Jules Renard)

24jan/101

Communication : incontournables de janvier 2010

Cela devient une tradition sur ce blog ! Avant une série de textes plus politiques dans les prochaines semaines, une nouvelle revue de web de différents thèmes de fond liés à la communication politique au sens large. Pour cette sélection de janvier 2010, 7 sujets et 25 liens : que du lourd pour « penser la politique » d’aujourd’hui et de demain !

1) Philippe Séguin, grand homme politique, gaulliste social aux fortes convictions avec une haute vision de la politique et de l’État, était aussi un grand communicant et un excellent orateur. Dans cet article du Monde, le chercheur et sociologue Philippe Riutort revient sur sa maîtrise du discours, due tant à sa sincérité (il écrivait lui-même ses discours) qu’à sa culture historique et à sa parfaite connaissance de la langue : « Séguin le communicant ou la parfaite maîtrise des codes de la rhétorique ». Dans le même ordre d’idée, Roselyne Bachelot révéla sur Europe 1, à l’occasion de sa disparition, son rôle dans l’écriture de son fameux discours sur le Pacs en novembre 1998, comme le relate Rue 89 : « Séguin, co-auteur du discours de Bachelot sur le Pacs »…

2) Pour en finir sur le thème de la philosophie différente des réseaux sociaux lancés récemment par l’UMP et le PS - sujet déjà abordé dans mes précédents billets - deux liens complémentaires. D’une part, l’analyse de Nicolas Vanbremeersch (bien connu dans la blogosphère politique) qui présente l’avantage de prendre un peu de hauteur vis-à-vis de ce phénomène : « Réseaux sociaux politiques : quelques remarques ». D’autre part, un article du Monde qui constitue un bon résumé des convergences et divergences d’approche entre Les Créateurs de possibles (UMP) et La Coopol (PS) : « UMP, PS : deux réseaux sociaux, deux philosophies différentes ».

3) D’un côté, grand lecteur, me considérant comme généralement très bien informé, de l’autre, citoyen responsable, désormais vacciné depuis quelques jours (dès que j’ai reçu le bon ad hoc), et par ailleurs communicant de profession, j’estime objectivement que Roselyne Bachelot a globalement fait, à chaque moment, ce qu’il fallait pour lutter contre la grippe A, en fonction de l’évolution de la situation et des connaissances scientifiques et épidémiologiques, elles-mêmes fort évolutives au cours des derniers mois. En ce sens, je pense que la commission d’enquête parlementaire ne sera pas, in fine, une mauvaise chose : elle permettra de reconnaître le bien fondé des décisions de la ministre de la Santé et d’en tirer des enseignements utiles pour l’avenir. Du point de vue de la communication publique et politique, il y aura aussi beaucoup de choses à retirer de cet épisode : pourquoi les Français, et les Européens d’une manière générale (à l’exception notable des Suédois), ont-ils été si réticents à se faire vacciner ; comment les médias ont-ils traité ce sujet ; quel rôle a joué la « contre-communication » sur Internet ; le principe de précaution est-il opérant dans les faits ou n’est-il destiné qu’à rester un concept théorique, confortable pour l’esprit parce que rassurant ; comment communiquer sur un sujet à la fois complexe, scientifique, incertain, mouvant, de surcroît dans une société de défiance où toute parole publique est d’emblée sujette à caution de la part des citoyens… Je suis convaincu qu’il y a là un vaste champ d’analyse pour les chercheurs et étudiants en communication ! D’autant que nous nous situons aux confluents de diverses disciplines, avec des composantes sociologiques, anthropologiques, philosophiques… Une sélection d’articles pour éclairer et élargir la réflexion :
- en introduction, un éditorial du Monde : « Le doute A(H1N1) »,
- une interview de l’anthropologue Frédéric Keck (Le Monde) : « Lutte anti-grippe A : "Un échec du catastrophisme" »,
- une interview de François Ewald, philosophe du risque (Le Monde) : « Le principe de précaution oblige à exagérer la menace »,
- un point de vue d’Éric Le Boucher (Slate.fr) : « La société française refuse le risque »,
- celui de Thomas Legrand (Slate.fr) : « Critiquer Roselyne Bachelot est trop facile »,
- enfin, une tribune très intéressante de Thierry Saussez, le directeur du Service d’information du gouvernement (SIG), publiée dans Le Monde : « Gestion de crise et communication ».

4) Un débat qui agite la blogosphère ces dernières semaines sur la fin réelle ou supposée de la vie privée, à la suite notamment de déclarations de Marc Zuckerberg, le patron de Facebook. Deux points de vue intéressants et discordants, encore une fois utiles pour nourrir la réflexion sur ce sujet majeur, potentiellement annonciateur d’évolutions sociologiques importantes, avec des conséquences directes ou indirectes dans de nombreux domaines de la communication : voir Jean-Marc Manach sur InternetActu (« Vie privée : le point de vue des petits cons ») et la réponse d’Alexis Mons sur le blog de l’agence groupeReflect (« La vie privée n’est pas ce que l’on croit »).

5) Les résultats du premier « baromètre de la confiance politique » lancé par le Cevipof (Centre d’études de la vie politique française) de Sciences Po (lien direct pour télécharger les résultats en PDF). Voir aussi l’analyse du Monde (« 67% des Français n’ont plus confiance dans la politique ») et de Slate.fr (« Les Français dans l’ère de la défiance »). Là aussi, une mine pour penser la politique et sa communication !

6) Un incontournable : le baromètre annuel (depuis 1987 !) TNS Sofres/Logica de confiance dans les médias, publié par le quotidien La Croix : « Les Français et leurs médias, une confiance paradoxale ». Voir aussi ce résumé des principaux résultats, ce lien direct pour les télécharger en PDF et cet article complémentaire, « La télévision a de l’avenir ».

7) Enfin, je vous recommande vivement de courir dans un kiosque vous procurer le nouveau numéro de Manière de voir, le hors-série bimestriel du Monde diplomatique : « Internet, révolution culturelle ». En un seul mot : passionnant !!!

11oct/090

Du slogan électoral au déclassement social

Un article de Nonfiction.fr à propos d'un texte de Robert Redeker et des slogans électoraux ainsi que le dossier du Monde sur le thème du déclassement m'ont particulièrement intéressé cette semaine et je souhaitais vous faire partager ces « bons liens ».

A partir d'une analyse de la formule d'Obama « Yes we can ! », le philosophe Robert Redeker invite dans ce livre chroniqué par Nonfiction.fr à une intéressante réflexion sur ce qu'est un slogan politique ou électoral : que signifie un slogan, à qui s'adresse-t-il, qui englobe-t-il, quel est son degré d'universalité, est-il rassembleur ou clivant, les liens avec la publicité commerciale ou la reprise par celle-ci de slogans fameux...

Même si Robert Redeker est très critique vis-à-vis de la formule d'Obama (« n'affirmant aucun contenu, vide de sens », consumériste, engendrée par les médias mondialisés...), son texte propose une mise en perspective (historique, philosophique, comparative) intéressante et qui peut être appliquée à la réflexion sur n'importe quel autre slogan. Ce « Yes we can, slogan électoral » est en outre très court (à peine 40 petites pages !) et très facile à lire, aucune raison donc de s'en priver, par exemple le temps d'un trajet en métro !

L'autre sujet de la semaine tourne autour de la parution (dans la collection de la République des idées dirigée par Pierre Rosanvallon) du livre d'Eric Maurin : « La Peur du déclassement, une sociologie des récessions ». Pour l'économiste, le déclassement ne touche réellement la société qu'à la marge, à l'inverse de la peur de déclassement, ressentie elle « par l'ensemble de la société, y compris par les classes moyennes et supérieures, celles qui ont le plus à perdre », cette peur qui paralyse la société et qui est à l'origine de ses blocages et de son incapacité à se réformer.

Le Monde y consacre un dossier complet, avec une interview d'Eric Maurin, les réactions de Laurence Parisot, François Chérèque, Xavier Bertrand, Manuel Valls, et surtout le compte rendu d'un chat avec le sociologue Louis Chauvel qui a un point de vue totalement différent : pour lui (comme pour d'autres auteurs tels que Camille Peugny ou Christian Baudelot), le déclassement social (qu'il soit par rapport à sa famille, à son parcours professionnel ou à son niveau de diplôme) est bel et bien une réalité et ne se limite pas, loin de là, à un simple phénomène psychologique (à voir aussi la page de réactions des lecteurs) !

Quelle que soit la position vis-à-vis de ce phénomène du déclassement, réel ou supposé, quelle que soit son ampleur, définir aujourd'hui un projet politique, par exemple pour 2012, implique nécessairement de s'y intéresser, de prendre en considération en particulier le malaise des classes moyennes, de réfléchir aux évolutions de la société, de trouver un modèle ou un équilibre entre, d'un côté, protection des statuts, de l'autre, accompagnement des individus et des parcours.

A mon sens, il s'agit d'un vrai sujet de société, dépassant assez largement les clivages droite-gauche habituels, c'est un thème dont j'ai d'ailleurs l'intuition depuis pas mal de temps (des mois voire des années), j'y reviendrai donc sûrement...

Finalement, je me rends compte que ces deux sujets de la semaine reflètent bien mes centres d'intérêt : d'une part, la forme (non dénuée de fond), d'autre part, le fond en lui-même... Je préfère nettement cela à certaines polémiques odieuses et nauséabondes !

22août/092

Quelle politique pour les enfants du numérique ?

J’ai bien apprécié le numéro spécial juillet-août de Books (il ne faut pas s’arrêter au titre provocateur ou marketing du dossier, « Internet rend-il encore plus bête ? »), consacré aux mutations culturelles induites par Internet et les technologies qui l’entourent.

Un article a particulièrement retenu mon attention, celui consacré au livre du sociologue canadien Don Tapscott, « Enfants de l’ère numérique. Comment la Net génération change votre monde » (« Grown Up Digital. How the Net Generation is Changing Your World », MacGraw-Hill, 2008 - le livre n’a pas encore été publié en français mais on peut le trouver en anglais sur Amazon.fr par exemple). A l’issue de son enquête, il dresse les 8 règles qui caractérisent, selon lui, la plupart des membres de la Net génération, c’est-à-dire schématiquement ceux qui ont aujourd’hui jusqu’à 30 ans environ (appelés aussi parfois les « Digital Natives ») :

1) ils attachent du prix à la liberté,
2) ils veulent des produits personnalisés,
3) ils adorent le travail en commun,
4) ils examinent tout minutieusement,
5) ils tiennent à la probité des institutions et des entreprises,
6) ils veulent s’amuser, même à l’école ou au travail,
7) ils pensent que la vitesse est normale en tout,
8) et ils considèrent que l’innovation permanente fait partie de la vie.

Pour ces enfants de l’ère numérique, « plus malins, plus rapides et plus ouverts à la diversité que leurs prédécesseurs », quelles seront les conséquences dans le champ politique de ces évolutions sociologiques et comportementales ? Quelles adaptations de l’offre politique seront nécessaires pour répondre à leurs besoins, à leurs attentes ? Comment, du point de vue de la communication politique, s’adresser à eux avec pertinence et efficacité ? Je n’ai pas de réponse immédiate, pas plus que de réponses toutes faites, mais il me semble que cela ouvre un champ de réflexion intéressant et passionnant ! A tout le moins, qu’il ne faut pas ignorer… Et vous, qu’en pensez-vous ?

26déc/070

L’urgence environnementale : pour tout savoir

Je ne partage pas - c'est le moins que l'on puisse dire ! - les orientations du Monde diplomatique mais je sais néanmoins reconnaître la qualité d'un travail journalistique, surtout lorsqu'il met entre parenthèses ses a priori idéologiques pour privilégier la pédagogie : j'ai donc lu avec beaucoup d'intérêt ce hors-série, l'Atlas environnement.

A mes yeux, une référence qui peut participer utilement elle aussi à notre (ma) prise de conscience de ce formidable défi (humain, technologique, économique...) pour le 21e siècle, au même titre que le film d'Al Gore l'année dernière ou le Grenelle de l'environnement cet automne...

Car, au final, c'est bien de la survie à terme de notre planète et de l'espèce humaine dont il est question ! Mais, éternel optimiste, je fais confiance à l'adaptabilité de l'homme et plus encore à sa créativité et à son inventivité, le dernier exemple en date étant le premier vol de cet avion électrique il y a quelques jours...

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